Archives du mot-clé Fantastique

Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

«  Lord Henry le regarda. Pas de doute, il était merveilleusement beau, avec ses lèvres écarlates à la fine courbure, ses yeux bleus et francs, sa chevelure bouclée et dorée.« 

(Coup de gueule en aparté : pourquoi donc quand vous voulez nous le mettre à la tv vous nous collez une espèce de créature fadasse à la peau terne comme un vampire, des cheveux mi longs et brun ou châtain, des yeux creux et pas d’un bleu aussi beau que le mien ?! Hum. Visiblement il y a eu quelques acteurs qui correspondent davantage à l’image que j’ai de Dorian Gray. Citons : Tom Canton – Damien de Dobbeleer – Matthew James Thomas en blond par contre 😀 )

Fantastique, fascinant, suave, étrange, corrompu, gracieux, innocent, bestial, autant de mots qui entourent l’obsessionnel Dorian. Il fascine, oui, il interroge, il dérange et il appelle, on est littéralement contaminé. Il est beau, il est même l’incarnation de la perfection, il donne à la beauté son nom et son visage. Que vous soyez peintre, poète, actrice, dame, que vous soyez homme, femme, que vous l’aimiez ou non, vous ne pouvez détourner votre regard de cet éternel jeune homme. La grâce même, la splendeur, la pureté. Pureté ? Son image est lisse, immuable, elle effraie et elle passionne. C’est le Prince, le Prince Charmant ! Il fera de vous le plus infâme, le plus vil, le plus tourmenté des passionnés. Vous l’aimez, vous le détestez, vous voulez l’avoir, le posséder, vous voulez l’admirer, vous l’approchez, vous vous brûlez, vous vous donnez à lui, vous mourrez ! La vieillesse, la douleur, l’effroi, la malice, la langueur, la passion ne marquent pas seulement ce portrait fabuleux, magique, ensorcelé, non. L’enchante dévore, il ronge tous ceux qui osent toucher à Dorian. Il est braise, il colore les joues, il empourpre les cœurs, il commet la douloureuse erreur de vous faire tomber immédiatement sous le charme, il ra-va-ge. Il est seul. Éternellement seul dans sa jeunesse insensée. Il est élevé, il est enfoncé, il est adulé et déteste, on le voudrait mort aussi, et il tue, il dévaste, il brise et finit par s’anéantir. Son âme est calcinée. Son âme est putride, infâme, elle le détruit de l’intérieur ; et son masque, oui son tendre masque vertueux ! – qui n’en voudrait pas un comme le sien pour pouvoir commettre sans rougir tous ces fantasmes bons et mauvais ? – son masque donc singe la Mort car qu’est-ce donc qu’une vie suspendue dans un Monde qui ne cesse de tourner ? Sa vie n’avait-elle pas déjà pris fin quand il l’a remise à son portrait ?

Bonne lecture ou relecture à tous 🙂 

(en image les quelques acteurs sus-cités)

JmbNrjx7 ARC-BELL-PH-1979417 105964_770_preview

Publicités

Contes – Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

C’est au début du XIXème siècle d’Hoffmann écrit des contes fantastiques. On dit qu’il inspira le Fantastique. Voici quelques impressions suite à la lecture de quelques uns de ses contes :

L’Homme au Sable

Der Sandmann

«  C’est ta croyance en leur pouvoir ennemi qui peut seule les rendre puissante  » Sommes-nous pantins de nos propres peurs, des chimères que l’on se crée ? qui s’imposent à nous, qui s’ancrent dès notre plus jeune âge pour mieux resurgirent à un moment où la faiblesse nous étreint ? Et si notre folie n’était due qu’à nous même ?

Nathanaël en fait l’épreuve douloureuse et passionnante. Si plus jeune il est victime de scènes qu’il n’aurait pas dû voir, avec ses yeux d’enfants, avec ces yeux qui le poursuivront dans sa détresse, arrivé à l’âge adulte il écrit les prémices d’une démence naissante qu’il ne comprendra peut-être jamais. Son aimée Clara est traitée d’ « automate » car elle est froide et insensible selon lui. Quid de cette somptueuse femme, Olympia, qui entre dans sa vie ? Comment déplace-t-il cet amour meurtri et subi dans ce véritable pantin de bois ? N’a-t-il pas ancré sa chute en faisant lui-même des choix, en prenant seul des chemins qui le conduisaient inéluctablement à la réminiscence de ce qu’il croit vouloir oublier ?

Les yeux, ses yeux, ceux de son père, d’Olympia et de Coppelius/Coppola ; que nous disent-ils ? Il y a ceux qui tombent, dont le regard est vide et ne se posera plus jamais sur nous, qui laisse transparaître ce qu’il y a derrière, un vide morbide. Et ceux qui restent qui transpercent qui vont au-delà des apparences, qui cherchent trop et se perdent, ces yeux qui font mal qui font souffrir et qu’on espère voir disparaître comme ceux de ceux qui nous ont aimé et que l’on a perdu. Et quand la démence devient trop forte, quand – trop fragile – on ne peut soutenir ni les yeux ni la vie automate, sombrer est-il le seul moyen de s’en sortir ?

Un conte qui m’a captivée, je vous le recommande. Quelques illustrations originales ICI.

Casse-Noisette et le Roi des Souris

shelkunchik

Qui a bien pu me mettre dans la tête que Casse-Noisette est un joli petit jouet, souriant, habillé en soldat, que l’on met à Noël au sapin, et qui dans le conte est un gentil personnage étincelant ? En réalité, le visage de Casse-Noisette n’a rien de séduisant et il fait plutôt peur. On raconte qu’un brave jeune homme, le neveu de Drosselmeier, a été transformé par l’affreuse Dame Souris, Dame Mauserink, et qui lui donna une apparence tout à fait grotesque. Enfin, c’est ce que le vieux parrain raconte en ce soir de Noël. Mais qui mieux qu’une petite fille, des étoiles plein les yeux, pour aimer ce vilain bonhomme, son Histoire, et faire de lui son ami en cette nuit de l’Hiver ?

L’armée des Souris n’a rien de folichon non plus. C’est une VRAIE armée. Avec le son et la rage. C’est un attaque violente qui peut effrayer n’importe quel enfant. Comment a-t-on pu rendre toute cette histoire gentillounette ? Pourquoi a-t-on gâché le caractère tonitruant, laid, et violent de ce combat à mort ? Je suis pour l’accès aux jeunes enfants à la littérature mais je pense que l’on a bien trop dénaturé l’oeuvre première de Hoffmann.

C’est pourquoi, plutôt que de tout gâcher à vous raconter la véritable histoire de Casse-Noisette, je vous invite à le lire. Bonne lecture !

Le Violon de Crémone

 

Capturee

En cherchant le sens profond de ce conte dans lequel je me sentais perdue, je suis tombée sur le genre de question que l’on pourrait poser à des collégiens qui liraient Hoffmann. Cette aventure sur la Toile me rappela mes douloureuses années en faculté de Lettres où nous découpions les œuvres, torturions les vers, saccagions les sonnets, effacions toute beauté des mots, confondions chirurgie et plaisir de la Lecture. J’ai mis longtemps avant de pouvoir L I R E. Pendant de nombreuses années, je n’ai pas L U j’ai D E C O R T I Q U é . J’ai massacré des pages et des pages pour le plaisir de Sauvages qui se veulent être Professeur. Quel est l’intérêt des questions que l’on nous pose ? Parfois ils aiguisent notre attention, nous permettent de créer des liens entre les œuvres, nous tirer un sourire quand on comprendre comment l’auteur à réussi à nous amener à tel endroit ; parfois ils meurtrissent nos yeux, ils nous couvrent du voile absurde de la Science des Lettres, ils taillent à grands coups de scalpel des textes magnifiques pour nous les faire ingurgiter en attendant fermement qu’ils ne nous ressortent pas par grands jets de vomis littéraire mais dans de savantes dissertations scolaires sans âme.

Cette digression est bien malvenue pour vous parler de ce conte. Ce propos conviendrait d’ailleurs à n’importe quel livre. Le Violon de Crémone est une histoire de passion et de possession; de volonté de protéger, de vivre heureux « vivons cachés » et de la douloureuse et étrange maladie d’un cœur aimant mais tourmenté. Je n’ai pas réussi à percer le mystère de la mort d’Antonie, ni à apprécier les allers-retours présent-passé, je n’ai donc pas du tout accroché. Peut-être qu’avec une autre version j’adhérerai davantage ? Avez-vous lu celle-ci ?

100999_c

Les mines de Falun

 

c-falun-great-copper-mine-5

J’ai particulièrement aimé cette nouvelle entourée d’une aura mystérieuse, comme s’il s’agissait d’une véritable légende ! C’est l’Histoire d’un Amour qui perdure au-delà de la disparition, de deux cœurs reliés par l’immense Alchimie de la Passion ! J’aime ces histoires dingues où la Vie et la Mort se jouent complètement des règles et laissent entretenir à deux amants fous amoureux une relation d’attachement et de dévouement qui ne connaît aucune limite ! J’aime à penser que jamais rien ne peut séparer deux cœurs qui se sont voué un amour ! Bref si vous êtes aussi fleur bleue que moi ( 😀 ) ( non c’est pas vrai je ne suis pas tout le temps fleur bleue en réalité ) ; je vous le conseille ! (Quelques notes des gens qui ont visité les mines ICI – ça va avec la photo ci-dessus d’une Guide qui est justement DANS les mines de Falun en Suède)

Il restait bien encore quelques contes à vous présenter mais je trouve l’article déjà assez long (et indigeste même si ce n’était pas mon intention). L’Homme au Sable fait partie des contes que je lis pour mon Auto-Challenge  » Avant les Robots  » 

Les mystères de Harris Burdick – Chris Van Allsburg

Imaginez…

que vous pénétriez dans un univers aussi étrange que familier,

que vos yeux ne sachent si ce qu’ils perçoivent est vrai,

ou s’il s’agit du fruit de leur imagination ?

Imaginez que vous vous laissiez porter par l’improbable

et que tout devienne alors possible.

Vous êtes arrivés dans le monde de Chris Van Allsburg. Vous croyez ne pas le connaître ? Ttt ttt ttt… Détrompez-vous. Rappelez-vous, ce film, avec ce jeu de plateau qui transforme la maison qui vous entoure ! Jumanji ! Souvenez-vous ce train qui vous attend, un soir de Noël, pour vous emmener au pays du père Noël ! C’est le Pôle Express bien entendu !

Aujourd’hui, point de jungle, point de neige. Aujourd’hui, vous embarquerez avec moi au fil des pages dans un univers fantastique. Bienvenue dans le livre mystérieux de Harris Burdick.

En ouvrant le livre, vous trouverez une lettre. Elle vous expliquera dans quelles circonstances les illustrations que vous allez découvrir ont été trouvées et pourquoi les 14 dessins sont restés sans histoire depuis tant d’années. On vous dira aussi que de nombreux enfants se sont inspirés de ces dessins pour créer des histoires passionnantes et effrayantes. Mais on ne vous dira jamais ce qui est arrivé à Harris Burdick car nul ne sait ce qu’il est devenu. Autour de sa disparition, le mystère reste entier !

Alors libre à vous maintenant de continuer à tourner les pages, de laisser ou non votre esprit se nourrir de chacune des illustrations. Libre à vous d’en lire le titre et la petite phrase qui l’accompagne et d’essayer d’en trouver le sens. Libre à vous d’écrire votre propre histoire et de la soumettre à Chris Van Allsburg ! Car oui, l’auteur attend toujours des nouvelles de ses dessins 🙂 Amis amoureux du clavier, laissez-vous guider par le génie de ces fantastiques images.

 » LA CHAMBRE DU SECOND  » – Tout a commencé quand quelqu’un a laissé la fenêtre ouverte.

 

Page 22.jpg

 

Nouvelles orientales – Marguerite Yourcenar

Comment les études de lettres à la fac peuvent-elles nous faire tant détester des auteurs, peuvent-elles tant déformer notre regard de lecteur, et nous laisser meurtris tant d’années avant de pouvoir enfin rouvrir un livre et l’apprécier pour ce qu’il raconte et non pas pour comment il le raconte ? Comment ai-je pu dire pendant tant d’années que non Yourcenar je n’en lirai pas et aimer à ce point la lecture que j’ai fait cette été des Nouvelles orientales ?

Dix nouvelles, dix histoires, dix petits moments de délice pour les yeux et l’imaginaire. Fantastique écriture que j’ai découverte avec plaisir. C’est avec curiosité et étonnement que j’ai tourné les pages de ce livre. Entre « conte » , « légende » , « rumeurs » et « récit fantastique » les nouvelles transportent le lecteur dans des pays lointains. Croira ? Croira pas ? Là n’est pas la question puisque le recueil se présente comme une fiction. Mais on peut jouer le jeu et se laisser porter par cet univers de rumeurs qui pose les bases d’une culture factice exotique.

Pour le lecteur sensible aux couleurs, la première nouvelle Wang-Fô est une invitation à la peinture. Si vous voulez bien vous laissez séduire par les couleurs de l’Orient, les histoires suivantes sont des palettes aux couleurs éclatantes qui remplissent les yeux. Des paysages, des moments particuliers de la journée, des saisons, des jeux d’ombres et de lumières.

La nouvelle que j’ai préféré est celle du lait de la mort. J’aime les vieilles pierres, les lieux étranges, ceux dont on dit que. J’aime qu’on m’en raconte des histoires, j’aime qu’on me dise qu’un jour quelqu’un a, j’aime quand l’histoire est sordide et qu’en plus il y ait des chances pour qu’encore aujourd’hui on… Fan-ta-sti-que !

Si vous aimez le fantastique (le vrai, pas la fantasy ou la science fiction, hein……….) ouvrez le livre et considérez-le comme tel. Et puis dites-moi ce que vous en avez pensé 🙂