Dracula, B Stoker

Pour le challenge de Profplatypus

Ter-mi-né !

Je l’ai terminé. Malgré Mini-Lecteur qui me grimpait dessus avec ses livres à lui sans vampires (mais plein de loups hyper féroces Aouuuuh). Et je suis contente de la fin si bien que je suis terriblement déçue qu’il y ait une suite. Par conséquent, sache lecteur que je ne la lirai pas. Il est des livres que je rêverai de voir se continuer des siècles et des siècles, changer de décennie, voir les personnages vieillir et mourir (oui bon ok les vampires ne vieillissent pas). Mais Dracula ! Non non non. La fin est pour moi très bien ainsi.

Je n’ai vu aucune adaptation de l’œuvre auparavant, je ne connais donc le mythe que par ce qui en est dit un peu partout dans les autres œuvres. J’ai apprécié de me plonger dans cette œuvre dont la structure est vive. L’alternance des points de vue est un procédé que j’apprécie particulièrement. L’alternance aussi des supports m’a vraiment séduite : les journaux tenus, les enregistrements, les lettres, les coupures de presse. Le fait qu’il y ait aussi bien des femmes que des hommes comme héros principaux d’une quête intense et que chacun ait son talent et son histoire sont pour moi deux autres atouts de l’œuvre. Passé le côté « je décortique la forme pour dire ce que j’en pense » je dirai que l’histoire en elle-même a été sans doute fort originale. Bien sûr, Buffy, TVD, Penny Dreadful and co  et d’autres ont démystifié le roman ; cependant je me suis plongée dans le livre en oubliant ce que je pensais savoir de Dracula et j’ai apprécié de découvrir en même temps que les personnages l’histoire de ce non-être de légende.

Une très belle découverte donc, que je préfère garder intacte sans lire Dracula l’Immortel, suite posthume à partir des notes de l’auteur qui contrairement à Ce qui ne me tue pas dans la série de Millénium n’est pas contestée par la famille de l’auteur. (Je ne lirai jamais non plus la suite de Millénium en fait ^^)

Résultat de recherche d'images pour "Château de Bran"

Le Château de Bran en Transylvanie

(je me vois bien dans la chambre de notre héros, pas vous ?)

Publicités
Dracula, B Stoker

Le Magicien d’Oz – F.L Baum

Pour le challenge du Profplatypus

Alors ça y est, on se remet à la lecture et on commence par une œuvre qui m’effraie. Le Magicien d’Oz. L’histoire, je la connais déjà. Il y a cette Dorothée, une fillette, qui atterrit dans une contrée merveilleuse. Elle croise un épouvantail, un lion et un homme en fer blanc. Elle va se retrouver dans une cité toute verte et va croiser des magiciennes, des sorcières, des gens bizarres. Pourquoi Disney n’en a pas fait un Disney ? O_O

Bon, cela ne doit pas être comme dans mes souvenirs, il doit y avoir autre chose. Creusons. Commençons par le premier chapitre. Horreur. Ce que je craignais… non je ne vous l’ai pas dit ? eh bien… Ce que je craignais est arrivé ! Hein ? Comment ? Vous voulez vraiment que je vous dise ce que je redoutais ? Hum… je vais être huée.

Je hais Alice.

Qui dit qu’il ne voit pas le rapport ? Soit. J’explique. Je hais Alice, celle qui vit ses aventures dans le Wonderland. Je ne supporte pas cette héroïne. Elle m’agace. Dès que j’ouvre le livre, j’ai le poil qui se dresse. Ce n’est pas mon avis d’adulte, non, elle m’énervait déjà quand j’étais petite. On n’aurait pas pu être copines toutes les deux ^_^

Et voilà que Dorothée, au beau milieu d’une tempête, va chercher son chien, s’envole dans sa maison et, au lieu de trouver ça dingue ! de sauter partout ! de se pencher à la fenêtre ! – elle se couche dans son lit et s’endort. Il doit y avoir un sens caché, forcément, ou alors je risque foooooort de me retrouver toute ébouriffée comme avec sa copine Alice.

Au-delà du livre pour enfant et de la belle morale que l’on peut tirer de cette aventure, il y a (peut-être) une réflexion sur la crise Américaine de la fin du XIXème siècle. Mais rien n’est sûr. Je me suis penchée sur les critiques et les pistes de travail à ce sujet et j’ai trouvé les rapprochements fort intéressants. Comment sortir d’une crise ? Empruntons le chemin doré pour chercher de l’aide auprès de ce qui n’est qu’un vulgaire charlatan. Et si l’emploi de l’argent aux côtés de l’or pouvait sauver en partie de pays ? etc. etc. etc. (Oui parce qu’enfin cher lecteur qui n’a pas lu le Magicien d’Oz et qui n’a pas le courage de regarder le long métrage, les souliers de Dorothée sont argentés, pas rouges). Je ne suis pas très forte en économie, cela aura été pour moi l’occasion de m’intéresser à ce domaine ! Cela dit, peut-être que comme l’auteur le clame, ce livre n’est après tout qu’un « livre pour enfant » ?

L’épouvantail qui se trouve sans cervelle a d’ingénieuses idées mais il court quand même après un pouvoir magique pour le doter de ce qu’il croit manquer. Le lion peureux n’hésite pas à s’attaquer aux bêtes féroces pour protéger ses amis mais il court quand même après un pouvoir magique pour le doter de ce qu’il croit manquer. L’homme en fer blanc sans cœur fait preuve de sagesse, bienveillance et d’amitié mais il court quand même après un pouvoir magique pour le doter de ce qu’il croit manquer. Et Dorothée, chaussée dès les premiers chapitres de ce qui peut la ramener chez elle, court elle aussi après un pouvoir magique illusoire. Et si en fin de compte il s’agissait d’une douce poésie qui murmure à chaque lecteur que ce qu’il recherche, en fin de compte, n’est pas un objet ou une fin en soi mais de vivre une superbe aventure pour s’accomplir enfin ?

Le Magicien d’Oz
© Barbara Pálffy / Volksoper Wien
Le Magicien d’Oz – F.L Baum

Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

«  Lord Henry le regarda. Pas de doute, il était merveilleusement beau, avec ses lèvres écarlates à la fine courbure, ses yeux bleus et francs, sa chevelure bouclée et dorée.« 

(Coup de gueule en aparté : pourquoi donc quand vous voulez nous le mettre à la tv vous nous collez une espèce de créature fadasse à la peau terne comme un vampire, des cheveux mi longs et brun ou châtain, des yeux creux et pas d’un bleu aussi beau que le mien ?! Hum. Visiblement il y a eu quelques acteurs qui correspondent davantage à l’image que j’ai de Dorian Gray. Citons : Tom Canton – Damien de Dobbeleer – Matthew James Thomas en blond par contre 😀 )

Fantastique, fascinant, suave, étrange, corrompu, gracieux, innocent, bestial, autant de mots qui entourent l’obsessionnel Dorian. Il fascine, oui, il interroge, il dérange et il appelle, on est littéralement contaminé. Il est beau, il est même l’incarnation de la perfection, il donne à la beauté son nom et son visage. Que vous soyez peintre, poète, actrice, dame, que vous soyez homme, femme, que vous l’aimiez ou non, vous ne pouvez détourner votre regard de cet éternel jeune homme. La grâce même, la splendeur, la pureté. Pureté ? Son image est lisse, immuable, elle effraie et elle passionne. C’est le Prince, le Prince Charmant ! Il fera de vous le plus infâme, le plus vil, le plus tourmenté des passionnés. Vous l’aimez, vous le détestez, vous voulez l’avoir, le posséder, vous voulez l’admirer, vous l’approchez, vous vous brûlez, vous vous donnez à lui, vous mourrez ! La vieillesse, la douleur, l’effroi, la malice, la langueur, la passion ne marquent pas seulement ce portrait fabuleux, magique, ensorcelé, non. L’enchante dévore, il ronge tous ceux qui osent toucher à Dorian. Il est braise, il colore les joues, il empourpre les cœurs, il commet la douloureuse erreur de vous faire tomber immédiatement sous le charme, il ra-va-ge. Il est seul. Éternellement seul dans sa jeunesse insensée. Il est élevé, il est enfoncé, il est adulé et déteste, on le voudrait mort aussi, et il tue, il dévaste, il brise et finit par s’anéantir. Son âme est calcinée. Son âme est putride, infâme, elle le détruit de l’intérieur ; et son masque, oui son tendre masque vertueux ! – qui n’en voudrait pas un comme le sien pour pouvoir commettre sans rougir tous ces fantasmes bons et mauvais ? – son masque donc singe la Mort car qu’est-ce donc qu’une vie suspendue dans un Monde qui ne cesse de tourner ? Sa vie n’avait-elle pas déjà pris fin quand il l’a remise à son portrait ?

Bonne lecture ou relecture à tous 🙂 

(en image les quelques acteurs sus-cités)

JmbNrjx7 ARC-BELL-PH-1979417 105964_770_preview

Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

Au bonheur des ogres – Daniel Pennac

Dans ma recherche perpétuelle d’adaptations « du livre à l’écran » j’ai découvert le livre Au bonheur des Ogres de Daniel Pennac. Il constitue avec plusieurs autres romans une série au cours de laquelle on suit la vie des Malaussène, en particulier le grand frère, Benjamin. J’avais lu il y a plus d’une bonne dizaine d’année La Fée Carabine ; et je me demande encore pourquoi et comment les profs de français réussissent toujours à nous empêcher de lire des oeuvres en nous forçant quand même à les lire. Bref.

J’ai a-do-ré le roman. Vraiment. L’histoire m’a happée dès les premières pages. Il y a cette folle envie de percer le mystère avant qu’on nous donne la réponse à toutes ces explosions, il y a le plaisir de partager le regard de Benjamin devant cette Tante Julia ô combien étrange, il y a cette fascination pour la vie complètement tordue de cette ribambelle de demi-frères et demi-soeurs où les figures paternelles sont lourdement portées à bout de bras pas cette incarnation du concept de Bouc Emissaire qu’est Benjamin. Il y a la vie dans le quartier. Il y a la vie de tous les jours.

Et il y a ce poids infecte, qui pue vraiment, du passé. Et c’est là dessus que le film est vraiment un massacre.

au-bonheur-des-ogres-bouc-emissaire-adorable-bejo-personnaz-kusturica

Avant de donner ma vision, je me lance quand même dans la lecture d’une interview de Nicolas Bary, le réalisateur… C’est ici .

Bon, je ne lui aurai pas attribué toute ma confiance, moi. Non franchement, ni validé ce projet. Bien sûr l’univers est riche, et cette oeuvre particulièrement compliquée. Mais je pense que sa relecture, sa réécriture a parfaitement dénaturé l’histoire. Impossible d’en réaliser la suite par l’absence la plus totale de Clara. Clara est l’une des demi-soeur de Benjamin. Il l’a mise au monde lui-même, il l’admire, elle le fascine, il éprouve des sentiments aussi fort que la passion amoureuse, et son talent de photographe est finalement relégué à Tante Julia. Pffffuit adieu Clara-concept = adieu la suite des oeuvres de la série Malaussène. Bon courage si vous voulez adapter le reste.

De même que l’un des personnages fon-da-men-taux (je suis pénible avec mes tirets :D) qui surveille les p’tits vieux au rayon bricolage : ADIOS AMIGOS ; où qu’il est passé ? Et puis d’abord c’est qui ces gens qui explosent ? On m’aurait dit pour chacun « dommage colatéral » j’aurai eu la même indifférence devant le film.

Au bonheur des ogres, c’est une histoire complexe, sordide, violente, déchirante, elle nous remet face aux horreurs de la Seconde Guerre Mondiale, elle nous dérange par les viols pédophiles, elle nous tourmente par ce trip autour des astres et les croyances d’une sphère intellectuelle a priori élevée côté nazis, elle nous indispose devant le cliché agrandi de Clara.

Au bonheur des ogres, le film, c’est gentillet et bien pensant. Bouh fallait faire du bling bling et du simple pour les demeurés qui allaient regarder ? C’était ça l’enjeu ?

Au bonheur des ogres – Daniel Pennac

L’Anna Karénine de Bernard Rose

Parfois, les adaptations nous permettent d’adopter un autre point de vue, de se dire « Ah oui j’aurais pu lire le livre ainsi ». Elles nous amènent vers des pistes inexplorées – je pense par exemple au Lolita de Kubrick. La version qu’a choisie de faire Bernard Rose est pour moi une boucherie. Les personnages sont tranchés à la hache, disparaissent, sont transformés et dénués du caractère qu’avait voulu faire saisir Tolstoï. Une mauvaise lecture, une volonté de faire un bling bling rapide ? J’attends de voir deux autres versions mais je pense sincèrement que celle-ci est mauvaise et détériore complètement l’histoire.

anna-karenine-1997-03-g

Les 15 premières minutes sont comme les premiers chapitres d’un livre. On accroche, on est séduit ou on reste bouche bée devant. J’ai été terriblement déçue de l’entrée en matière qui n’annonçait qu’un film de « surface », sans aucune profondeur sur les personnages ni sur la vie en Russie à cette époque qui constitue pourtant de très longs passages dans l’oeuvre et influence les relations. Dolly est complètement inconsistante ! Dès ces 15 premières minutes, sa colère, sa fureur, sa féminité, tout se passe comme si elle n’était qu’un simple personnage secondaire que l’on ne place ici que pour excuser la présence d’Anna Karénine dans le train. Au cours du film, toute la vie de Dolly est effacée. Que ce soit par les infidélités douloureuses d’Oblonski, par sa présence auprès de sa soeur Kitty, que ce soit sont passage si révélateur chez Anna et Vronski !

Anna et Vronski ? Quid de leur vie en société ? Elle est inexistante ! Comme je viens de le souligner, les jours plus ou moins heureux que vivent Anna et Vronski à la campagne, le projet d’hôpital de Vronski, la vie qu’Anna essaie d’y mener, tout est absent ! On n’en parle pas. Ca n’a jamais existé. De même, les apparitions d’Anna en public ont disparu. La malveillance des autres femmes, sa difficulté à garder la tête quand elle se rend à l’Opéra le soir où Vronski – de retour à Moscou – s’y rend. Non, plus rien de tout cela ! Tout la force qui résidait à montrer cette femme déchue dans la société a été transformée en femme enfermée chez elle par la honte. Ce n’est pas vrai ! Anna Karénine n’est pas cette femme qui finit par vriller une durite comme un Sims qui manquerait d’interactions sociales à rester chez lui enfermer ! Et c’est quoi ce p**** de délire autour d’Annie ?

La fille d’Anna et Vronski ne fait pas que gêner Karénine, non, elle n’a pas plu à Bernard Rose. C’est un peu comme si vous mettiez en scène Emma Bovary sans sa fille bon sang ! C’était tellement plus romantique que de coller Vronski aux jupons d’une Anna désoeuvrée après une fausse couche que de lui faire porter le fardeau d’une enfant, reconnu par un autre homme, source de disputes entre les parents amants ? Mais pourquoi, bon sang, pourquoi avoir inventé la mort d’Annie ? Pourquoi Vronski joue à la roulette russe et se rate ? Non non non ! Annie vit et Vronski se prend bel et bien une balle.

Parlons-en des disputes. Tout se passe très vite et c’est un peu comme si on mettait ça sur le compte des prises d’opium d’Anna pour calmer sa douleur. Non mais franchement, l’Opium ça ne rend pas dingue ni nerveux sauf si on l’arrête quoi. On comprend pour des raisons qui ne sont pas celle de l’auteur pourquoi le couple se désintègre. Mais sans avoir parcouru l’Italie avec eux (et notre peintre qui fait le si beau portrait d’Anna, on ne le verra jamais pas plus que Lévine !) sans avoir tenté de vivre tranquillement à la campagne non plus.

Je vous parlais de Lévine. Mais POURQUOI ? Pourquoi l’a-t-on ainsi réduit à Rien ? Dès le début, dès les fameuses 15 premières minutes, on n’a d’yeux que pour Anna et Vronski. Qui peut oublier l’amitié de Kitty pour Anna, ses joues rougies par Vronski, la colère de Lévine éconduit ? Lévine n’est pas grand chose. On dirait un oisif qui se réveille un jour en colère pour aller dans les champs. Non mais vous êtes sérieux là ? Vous avez sauté combien de chapitres à son sujet en fait ? Lévine incarne tout un pan politique de l’époque et son frère qui incarne l’un des autres disparaît ! Hop ! Le voilà entiché seulement d’un frère malade.

Ce frère qui porte la maladie, la douleur, la déchéance, la mort et la religion, on le croise deux fois. Ah mais oui, parce qu’en plus de sauter les passages entre Anna et Vronski (le budget devait être serré ?) on a carrément coupé tout le rétablissement et la convalescence de Kitty ! Kitty ne le rencontre pas, elle ne porte pas non plus à l’approche de la mort son mari et son beau-frère à bout de bras, elle ne se démène pas comme une folle, on la trouve futile, fragile, inutile, elle n’est pas actrice dans le film alors que dans le livre elle déplace les montagnes par amour et piété ! Et que penser des retrouvailles avec Lévine ? Etait-ce si improbable que deux âmes soeurs puissent lire des initiales à la craies et se comprennent d’un seul coup ? Pourquoi fait-on dire à Lévine qu’il ne sait pas ce qu’elle a écrit ? Pourquoi ne pas avoir tout simplement mis une petite voix off qui lise au spectateur pour garder la pureté de ce moment ? Et ce mariage si solennel ! Où sont passées les paroles complices entre Kitty et Lévine ?

Et puis cette fin prévue. J’ai manqué des pages ou jamais Anna n’a-t-elle fait le rêve du train ? On a l’impression que de désespoir elle se rend à la gare pour se suicider. C’est atrocement faux et toute cette réécriture tâche le personnage. On dirait une femme isolée qui perd la boule et qui projette de se suicider. Le personnage a beau être celui que j’ai le moins aimé en lisant, c’est celui qui a la plus grande force, le mental le plus difficile à cerner, cette complexité d’une femme partagée par ses amours, sa vie mondaine, ses désirs et ses douleurs. Elle est tourmentée, mais elle n’est pas à bout de force et ne sombre pas dans des délires. Comment peut-on tromper autant sur son personnage ?

L’Anna Karénine de Bernard Rose

Le mec de la tombe d’à côté – K. Mazetti

lemecdelatombedacote

Ca aurait pu être l’histoire de la Belle qui rencontre la Bête, ou celle d’une Princesse qui tombe amoureuse du Pauvre au lieu du Prince. Mais non, c’est beaucoup plus compliqué que ça. C’est un choc de culture, de vie, et une Passion dévorante. C’est cet Autre qui nous fait devenir celle ou celui qu’on n’a jamais été, celle ou celui qui ébranle nos certitudes, nos besoins, notre vie. C’est l’Amour douleur, qui fait des ravages, l’Amour à l’état brut que tu cherches à façonner. Ce n’est pas qu’une histoire de c**, qui dure et qui se transforme, c’est de trouver l’Alter qui bouleverse le tran-tran monotone dans lequel on s’était mis en croyant qu’il s’agissait de Nous. C’est ne pas changer tout en soi mais ré-vé-ler ce Soi qu’on ne connaît pas. Prendre des décisions importantes, assumer les choix auxquels nous tenons, ne pas renoncer à Tout pour des histoire de coeurs et continuer à mûrir quand on croyait être déjà trop pourri et tombé de l’arbre.

A lire franchement 🙂 J’aurais aimé voir la pièce de théâtre. J’essaie de trouver la version ciné.

Le mec de la tombe d’à côté – K. Mazetti

Anna Karénine – Tolstoï

Parce que quand je lui avais demandé « Quelle est la plus belle histoire d’amour que tu aies jamais lue ? » une amie m’avait répondu « Celle de Levine et Kitty dans Anna Karénine », cette même amie m’a gentiment prêté le livre et moi aussi, je me suis éprise un peu de ce couple.

Les seules images que j’ai trouvées pouvant illustrer étant tirées de films que je n’ai pas encore regardés, je m’abstiendrai d’en mettre.

Anna Karénine, j’ai adoré. Anna Karénine, j’ai abhorré. Subtil génie des règles de notre graphies. Quand j’ai essayé de présenter rapidement ces huit cents pages à mon mari, il a fini en haussant les épaules « C’est Amour Gloire et Beauté ton truc quoi » Mince. J’avais transmis si peu de la passion que j’avais éprouvée en lisant ce livre ? Flûte de zut, comment m’y étais-je prise ?  Tout simplement en prenant au coeur de l’histoire cette fameuse Anna Karénine.

L’histoire en elle-même m’a un peu déroutée au départ : déjà, les noms russes auxquels je n’étais pas encore habituée; et puis tous ces surnoms. Les relations. La vie mondaine et les us et coutumes. C’était pour moi un vrai bain de Russie, pays où je rêve d’aller, mais en toute Emma que je suis, j’irai et me rendrai compte que les siècles ont fait leur oeuvre ; tout comme je me plains de n’avoir existé au XVIème. Digressions.

Fascinée par la langue, les lieux, la Manière pétersbourgeoise ou moscovite, fascinée par les aventures de tant de personnages, je me suis retrouvée prise dans ma lecture à ne plus pouvoir en décrocher. Je n’avais pas envie que ça se termine. J’aurais voulu cheminer avec tout cet univers encore des heures. Mais c’est quand même à bout de souffle que j’avais envie de voir se taire cette Anna. Elle m’était insupportable à sa première apparition, hautaine, et profiteuse. Elle m’a parue calculatrice et mauvaise par la suite. Malade et franchement énervante enfin. Et je l’ai eue en pitié, comme les autres personnages, avant son déclin ultime. Non vraiment, présenter cette histoire en me concentrant sur Anna et sur le Mal qu’elle a déversé que je ne crois pas être malgré elle.

En même temps, elle a sans doute la palme dans les personnages car c’est elle qui m’a fait ressentir le plus d’émotions en lisant. Elle a maintenu ma lecture dans une vivacité étonnante, elle a provoqué en moi des réactions, et chacune des situations tristes ou heureuse des personnages (comme ces initiales délicatement tracées à la craies dont j’enviai le courage, la poésie, et l’Amour !) m’ont transportée. Les univers qui s’entrechoquent, les évènements que l’on souhaite et qui finissent ou non par arriver, les dénouements que l’on guette, les naissances, les morts, tout ce concentré de vie m’a vraiment séduite !

J’espère regarder prochainement les adaptations pour vous dire combien j’en suis triste 😀

Anna Karénine – Tolstoï

Entretien avec un vampire, Anne Rice

Entretien-avec-un-vampire-pocket_2

 

Il y a quelques temps déjà, j’ai visionné le film. Récemment, on m’a prêté le livre et je l’ai fait durer… durer… je n’avais vraiment pas envie qu’il s’arrête un jour. En regardant un peu le pourquoi du comment Anne RICE avait écrit ce livre, les idées que je me suis faites au cours de ma lecture sont devenues plus précises et confirmées. 

*

Louis, personnage principal de cette oeuvre, « vit » après avoir quitté sa vie de mortel une véritable quête d’identité. Bien plus humain qu’il ne l’était avant d’appartenir au monde de la nuit, son histoire pourrait se résumer ainsi : qui je suis ? que suis-je dans ce monde ? quels sont mes semblables ? puis-je aimer et l’être en retour ? qu’est-ce que la mort ? Cette quête est suave, imprégnée par des sens constamment exacerbés, les sons, les sensations tactiles, l’ouïe, la vue et ce goût que nous autres mortels ne connaîtrons jamais, ce mélange de désir, de passion, de fureur, apogée de la vie quand on ôte celle de celui dont on boit le sang jusqu’au dernier frémissement de ses veines. Louis est aussi à l’image de son siècle, désabusé, plein de questions, déprimé et en proie à un mal-être impossible à soigner.

*

Qui suis-je ? Est-ce que je me connais vraiment ? Quelles sont mes désirs ? Puis-je y répondre ? Est-ce que les autres me connaissent mieux que ce que je crois connaître de moi ? Une fois engendré par Lestat, vampire séduisant aux yeux d’un Louis mortel, Louis perçoit le monde et se perçoit lui-même tout à fait différemment. L’exacerbation de ses sens lui permet d’acquérir une conscience supérieur sur sa vie et sur les évènements qui l’ont mené à choisir d’abandonner à tout jamais sa vie de mortel.

Qui suis-je dans ce monde ? Et pourquoi celui qui m’a fait ne peut pas y répondre ? C’est une question que, portés par la vie, ses rebondissements, ses imprévus, ses chances aussi, tout mortel ne se pose pas forcément. A-t-on jamais vu une nation entière se tourner vers sa Mère et le lui demander un jour ? Tout le monde passe-t-il par cette remise en question, cette volonté de secouer ceux qui nous ont donné la vie (ou la mort pour Louis), les mettre en cause, les rendre coupables de notre ignorance ; jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’ils n’ont pas les réponses pour nous ?

Qui sont mes semblables ? Louis se cherchent, les cherchent, cherche un miroir dans lequel se regarder. Connais tes amis tu te connaîtras toi-même. Possible. Peut-être que non. C’est cette quête qui l’amène en Transylvanie où il rencontre d’autres vampires, parfaitement semblables à lui, mais sans âme. C’est la frayeur : Louis se demande pourquoi ils sont différents. Il se demande pourquoi – lui – est si différent. Ses pas le mèneront jusqu’à Paris où il rencontrera Armand, Armand, ce séduisant vampire pour lequel ses sens s’excitent, et s’il avait un cœur de mortel nous pourrions dire pour qui son cœur bat la chamade. Mais il n’en est rien : la passion d’avoir trouvé un alter ego est bien plus forte que tout ce que l’on pourrait écrire. Son double, celui en qui il trouve les réponse, celui qui le révolte, le pousse dans ses retranchements, le malmène et l’aime à la fois. C’est une passion dévorante et insensée qui brise tout ce à quoi Louis croyait tenir et qui font de lui l’être révélé qu’il cherchait en lui depuis le début.

Puis-je aimer et être aimer en retour ? Cette question reste suspendue. Louis ne se demande pas forcément ce que c’est que l’Amour. Il est à l’écoute de ses sensations et des sentiments provoquées par ses différentes liaisons. L’Amour qui l’a attiré auprès de Lestat l’empoisonne car il en est changé à tout jamais et il est révolté. L’amour impossible avec Babette à qui il n’ose montrer son vrai visage et lui cause du tourment avec ses mystères et ses méfiances. L’amour passion qu’il voue à Claudia, petit être vampire empli de colère qui ne grandira jamais, amour filial démesuré qui le tourmente et le pousse à tuer une tribu entière de vampire. Pour finir par cet amour amoureux pour Armand plein de folie et de tendresse, un Armand prêt à tout pour obtenir l’objet de ses désirs et dont la ferveur fera de Louis un être tristement désabusé par ce sentiment trop humain. 

Qu’est-ce que la mort ? La mort de soi dans les moments les plus douloureux, la mort d’êtres chers dont on croit être à l’origine, ou la mort de nos excès de folie. L’âme subsistera, tâchée, pervertie, meurtrie, annihilée aussi, après toutes ces épreuves et feront de nous des choses marquées et transformées, sans que nous puissions faire marche arrière et retrouver cette part d’innocence volée.

*

Ainsi, je crois, que bien plus qu’une simple histoire de vampires, cette oeuvre propose une réflexion sur la quête de son soi intérieur, son image, ses peurs, ses questions, comme un récit initiatique de plusieurs décennies que nous, simples mortels, ne pouvons mener à son terme. Survivre aux épreuves, survivre aux changements, se découvrir dans les relations qui nous font et ne pas croire que tout soit acquis et bien ordonné dans un monde en perpétuel changement.

Peut-être continuerai-je avec la suite des Chroniques d’un Vampire mais je pense que ce livre a été capital dans la construction de l’auteur et que le reste sera beaucoup moins imprégné de sa vie et de ses douleurs. Peur d’être déçue 🙂

Entretien avec un vampire, Anne Rice