Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

«  Lord Henry le regarda. Pas de doute, il était merveilleusement beau, avec ses lèvres écarlates à la fine courbure, ses yeux bleus et francs, sa chevelure bouclée et dorée.« 

(Coup de gueule en aparté : pourquoi donc quand vous voulez nous le mettre à la tv vous nous collez une espèce de créature fadasse à la peau terne comme un vampire, des cheveux mi longs et brun ou châtain, des yeux creux et pas d’un bleu aussi beau que le mien ?! Hum. Visiblement il y a eu quelques acteurs qui correspondent davantage à l’image que j’ai de Dorian Gray. Citons : Tom Canton – Damien de Dobbeleer – Matthew James Thomas en blond par contre 😀 )

Fantastique, fascinant, suave, étrange, corrompu, gracieux, innocent, bestial, autant de mots qui entourent l’obsessionnel Dorian. Il fascine, oui, il interroge, il dérange et il appelle, on est littéralement contaminé. Il est beau, il est même l’incarnation de la perfection, il donne à la beauté son nom et son visage. Que vous soyez peintre, poète, actrice, dame, que vous soyez homme, femme, que vous l’aimiez ou non, vous ne pouvez détourner votre regard de cet éternel jeune homme. La grâce même, la splendeur, la pureté. Pureté ? Son image est lisse, immuable, elle effraie et elle passionne. C’est le Prince, le Prince Charmant ! Il fera de vous le plus infâme, le plus vil, le plus tourmenté des passionnés. Vous l’aimez, vous le détestez, vous voulez l’avoir, le posséder, vous voulez l’admirer, vous l’approchez, vous vous brûlez, vous vous donnez à lui, vous mourrez ! La vieillesse, la douleur, l’effroi, la malice, la langueur, la passion ne marquent pas seulement ce portrait fabuleux, magique, ensorcelé, non. L’enchante dévore, il ronge tous ceux qui osent toucher à Dorian. Il est braise, il colore les joues, il empourpre les cœurs, il commet la douloureuse erreur de vous faire tomber immédiatement sous le charme, il ra-va-ge. Il est seul. Éternellement seul dans sa jeunesse insensée. Il est élevé, il est enfoncé, il est adulé et déteste, on le voudrait mort aussi, et il tue, il dévaste, il brise et finit par s’anéantir. Son âme est calcinée. Son âme est putride, infâme, elle le détruit de l’intérieur ; et son masque, oui son tendre masque vertueux ! – qui n’en voudrait pas un comme le sien pour pouvoir commettre sans rougir tous ces fantasmes bons et mauvais ? – son masque donc singe la Mort car qu’est-ce donc qu’une vie suspendue dans un Monde qui ne cesse de tourner ? Sa vie n’avait-elle pas déjà pris fin quand il l’a remise à son portrait ?

Bonne lecture ou relecture à tous 🙂 

(en image les quelques acteurs sus-cités)

JmbNrjx7 ARC-BELL-PH-1979417 105964_770_preview

Publicités
Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

Au bonheur des ogres – Daniel Pennac

Dans ma recherche perpétuelle d’adaptations « du livre à l’écran » j’ai découvert le livre Au bonheur des Ogres de Daniel Pennac. Il constitue avec plusieurs autres romans une série au cours de laquelle on suit la vie des Malaussène, en particulier le grand frère, Benjamin. J’avais lu il y a plus d’une bonne dizaine d’année La Fée Carabine ; et je me demande encore pourquoi et comment les profs de français réussissent toujours à nous empêcher de lire des oeuvres en nous forçant quand même à les lire. Bref.

J’ai a-do-ré le roman. Vraiment. L’histoire m’a happée dès les premières pages. Il y a cette folle envie de percer le mystère avant qu’on nous donne la réponse à toutes ces explosions, il y a le plaisir de partager le regard de Benjamin devant cette Tante Julia ô combien étrange, il y a cette fascination pour la vie complètement tordue de cette ribambelle de demi-frères et demi-soeurs où les figures paternelles sont lourdement portées à bout de bras pas cette incarnation du concept de Bouc Emissaire qu’est Benjamin. Il y a la vie dans le quartier. Il y a la vie de tous les jours.

Et il y a ce poids infecte, qui pue vraiment, du passé. Et c’est là dessus que le film est vraiment un massacre.

au-bonheur-des-ogres-bouc-emissaire-adorable-bejo-personnaz-kusturica

Avant de donner ma vision, je me lance quand même dans la lecture d’une interview de Nicolas Bary, le réalisateur… C’est ici .

Bon, je ne lui aurai pas attribué toute ma confiance, moi. Non franchement, ni validé ce projet. Bien sûr l’univers est riche, et cette oeuvre particulièrement compliquée. Mais je pense que sa relecture, sa réécriture a parfaitement dénaturé l’histoire. Impossible d’en réaliser la suite par l’absence la plus totale de Clara. Clara est l’une des demi-soeur de Benjamin. Il l’a mise au monde lui-même, il l’admire, elle le fascine, il éprouve des sentiments aussi fort que la passion amoureuse, et son talent de photographe est finalement relégué à Tante Julia. Pffffuit adieu Clara-concept = adieu la suite des oeuvres de la série Malaussène. Bon courage si vous voulez adapter le reste.

De même que l’un des personnages fon-da-men-taux (je suis pénible avec mes tirets :D) qui surveille les p’tits vieux au rayon bricolage : ADIOS AMIGOS ; où qu’il est passé ? Et puis d’abord c’est qui ces gens qui explosent ? On m’aurait dit pour chacun « dommage colatéral » j’aurai eu la même indifférence devant le film.

Au bonheur des ogres, c’est une histoire complexe, sordide, violente, déchirante, elle nous remet face aux horreurs de la Seconde Guerre Mondiale, elle nous dérange par les viols pédophiles, elle nous tourmente par ce trip autour des astres et les croyances d’une sphère intellectuelle a priori élevée côté nazis, elle nous indispose devant le cliché agrandi de Clara.

Au bonheur des ogres, le film, c’est gentillet et bien pensant. Bouh fallait faire du bling bling et du simple pour les demeurés qui allaient regarder ? C’était ça l’enjeu ?

Au bonheur des ogres – Daniel Pennac

L’Anna Karénine de Bernard Rose

Parfois, les adaptations nous permettent d’adopter un autre point de vue, de se dire « Ah oui j’aurais pu lire le livre ainsi ». Elles nous amènent vers des pistes inexplorées – je pense par exemple au Lolita de Kubrick. La version qu’a choisie de faire Bernard Rose est pour moi une boucherie. Les personnages sont tranchés à la hache, disparaissent, sont transformés et dénués du caractère qu’avait voulu faire saisir Tolstoï. Une mauvaise lecture, une volonté de faire un bling bling rapide ? J’attends de voir deux autres versions mais je pense sincèrement que celle-ci est mauvaise et détériore complètement l’histoire.

anna-karenine-1997-03-g

Les 15 premières minutes sont comme les premiers chapitres d’un livre. On accroche, on est séduit ou on reste bouche bée devant. J’ai été terriblement déçue de l’entrée en matière qui n’annonçait qu’un film de « surface », sans aucune profondeur sur les personnages ni sur la vie en Russie à cette époque qui constitue pourtant de très longs passages dans l’oeuvre et influence les relations. Dolly est complètement inconsistante ! Dès ces 15 premières minutes, sa colère, sa fureur, sa féminité, tout se passe comme si elle n’était qu’un simple personnage secondaire que l’on ne place ici que pour excuser la présence d’Anna Karénine dans le train. Au cours du film, toute la vie de Dolly est effacée. Que ce soit par les infidélités douloureuses d’Oblonski, par sa présence auprès de sa soeur Kitty, que ce soit sont passage si révélateur chez Anna et Vronski !

Anna et Vronski ? Quid de leur vie en société ? Elle est inexistante ! Comme je viens de le souligner, les jours plus ou moins heureux que vivent Anna et Vronski à la campagne, le projet d’hôpital de Vronski, la vie qu’Anna essaie d’y mener, tout est absent ! On n’en parle pas. Ca n’a jamais existé. De même, les apparitions d’Anna en public ont disparu. La malveillance des autres femmes, sa difficulté à garder la tête quand elle se rend à l’Opéra le soir où Vronski – de retour à Moscou – s’y rend. Non, plus rien de tout cela ! Tout la force qui résidait à montrer cette femme déchue dans la société a été transformée en femme enfermée chez elle par la honte. Ce n’est pas vrai ! Anna Karénine n’est pas cette femme qui finit par vriller une durite comme un Sims qui manquerait d’interactions sociales à rester chez lui enfermer ! Et c’est quoi ce p**** de délire autour d’Annie ?

La fille d’Anna et Vronski ne fait pas que gêner Karénine, non, elle n’a pas plu à Bernard Rose. C’est un peu comme si vous mettiez en scène Emma Bovary sans sa fille bon sang ! C’était tellement plus romantique que de coller Vronski aux jupons d’une Anna désoeuvrée après une fausse couche que de lui faire porter le fardeau d’une enfant, reconnu par un autre homme, source de disputes entre les parents amants ? Mais pourquoi, bon sang, pourquoi avoir inventé la mort d’Annie ? Pourquoi Vronski joue à la roulette russe et se rate ? Non non non ! Annie vit et Vronski se prend bel et bien une balle.

Parlons-en des disputes. Tout se passe très vite et c’est un peu comme si on mettait ça sur le compte des prises d’opium d’Anna pour calmer sa douleur. Non mais franchement, l’Opium ça ne rend pas dingue ni nerveux sauf si on l’arrête quoi. On comprend pour des raisons qui ne sont pas celle de l’auteur pourquoi le couple se désintègre. Mais sans avoir parcouru l’Italie avec eux (et notre peintre qui fait le si beau portrait d’Anna, on ne le verra jamais pas plus que Lévine !) sans avoir tenté de vivre tranquillement à la campagne non plus.

Je vous parlais de Lévine. Mais POURQUOI ? Pourquoi l’a-t-on ainsi réduit à Rien ? Dès le début, dès les fameuses 15 premières minutes, on n’a d’yeux que pour Anna et Vronski. Qui peut oublier l’amitié de Kitty pour Anna, ses joues rougies par Vronski, la colère de Lévine éconduit ? Lévine n’est pas grand chose. On dirait un oisif qui se réveille un jour en colère pour aller dans les champs. Non mais vous êtes sérieux là ? Vous avez sauté combien de chapitres à son sujet en fait ? Lévine incarne tout un pan politique de l’époque et son frère qui incarne l’un des autres disparaît ! Hop ! Le voilà entiché seulement d’un frère malade.

Ce frère qui porte la maladie, la douleur, la déchéance, la mort et la religion, on le croise deux fois. Ah mais oui, parce qu’en plus de sauter les passages entre Anna et Vronski (le budget devait être serré ?) on a carrément coupé tout le rétablissement et la convalescence de Kitty ! Kitty ne le rencontre pas, elle ne porte pas non plus à l’approche de la mort son mari et son beau-frère à bout de bras, elle ne se démène pas comme une folle, on la trouve futile, fragile, inutile, elle n’est pas actrice dans le film alors que dans le livre elle déplace les montagnes par amour et piété ! Et que penser des retrouvailles avec Lévine ? Etait-ce si improbable que deux âmes soeurs puissent lire des initiales à la craies et se comprennent d’un seul coup ? Pourquoi fait-on dire à Lévine qu’il ne sait pas ce qu’elle a écrit ? Pourquoi ne pas avoir tout simplement mis une petite voix off qui lise au spectateur pour garder la pureté de ce moment ? Et ce mariage si solennel ! Où sont passées les paroles complices entre Kitty et Lévine ?

Et puis cette fin prévue. J’ai manqué des pages ou jamais Anna n’a-t-elle fait le rêve du train ? On a l’impression que de désespoir elle se rend à la gare pour se suicider. C’est atrocement faux et toute cette réécriture tâche le personnage. On dirait une femme isolée qui perd la boule et qui projette de se suicider. Le personnage a beau être celui que j’ai le moins aimé en lisant, c’est celui qui a la plus grande force, le mental le plus difficile à cerner, cette complexité d’une femme partagée par ses amours, sa vie mondaine, ses désirs et ses douleurs. Elle est tourmentée, mais elle n’est pas à bout de force et ne sombre pas dans des délires. Comment peut-on tromper autant sur son personnage ?

L’Anna Karénine de Bernard Rose

Anna Karénine – Tolstoï

Parce que quand je lui avais demandé « Quelle est la plus belle histoire d’amour que tu aies jamais lue ? » une amie m’avait répondu « Celle de Levine et Kitty dans Anna Karénine », cette même amie m’a gentiment prêté le livre et moi aussi, je me suis éprise un peu de ce couple.

Les seules images que j’ai trouvées pouvant illustrer étant tirées de films que je n’ai pas encore regardés, je m’abstiendrai d’en mettre.

Anna Karénine, j’ai adoré. Anna Karénine, j’ai abhorré. Subtil génie des règles de notre graphies. Quand j’ai essayé de présenter rapidement ces huit cents pages à mon mari, il a fini en haussant les épaules « C’est Amour Gloire et Beauté ton truc quoi » Mince. J’avais transmis si peu de la passion que j’avais éprouvée en lisant ce livre ? Flûte de zut, comment m’y étais-je prise ?  Tout simplement en prenant au coeur de l’histoire cette fameuse Anna Karénine.

L’histoire en elle-même m’a un peu déroutée au départ : déjà, les noms russes auxquels je n’étais pas encore habituée; et puis tous ces surnoms. Les relations. La vie mondaine et les us et coutumes. C’était pour moi un vrai bain de Russie, pays où je rêve d’aller, mais en toute Emma que je suis, j’irai et me rendrai compte que les siècles ont fait leur oeuvre ; tout comme je me plains de n’avoir existé au XVIème. Digressions.

Fascinée par la langue, les lieux, la Manière pétersbourgeoise ou moscovite, fascinée par les aventures de tant de personnages, je me suis retrouvée prise dans ma lecture à ne plus pouvoir en décrocher. Je n’avais pas envie que ça se termine. J’aurais voulu cheminer avec tout cet univers encore des heures. Mais c’est quand même à bout de souffle que j’avais envie de voir se taire cette Anna. Elle m’était insupportable à sa première apparition, hautaine, et profiteuse. Elle m’a parue calculatrice et mauvaise par la suite. Malade et franchement énervante enfin. Et je l’ai eue en pitié, comme les autres personnages, avant son déclin ultime. Non vraiment, présenter cette histoire en me concentrant sur Anna et sur le Mal qu’elle a déversé que je ne crois pas être malgré elle.

En même temps, elle a sans doute la palme dans les personnages car c’est elle qui m’a fait ressentir le plus d’émotions en lisant. Elle a maintenu ma lecture dans une vivacité étonnante, elle a provoqué en moi des réactions, et chacune des situations tristes ou heureuse des personnages (comme ces initiales délicatement tracées à la craies dont j’enviai le courage, la poésie, et l’Amour !) m’ont transportée. Les univers qui s’entrechoquent, les évènements que l’on souhaite et qui finissent ou non par arriver, les dénouements que l’on guette, les naissances, les morts, tout ce concentré de vie m’a vraiment séduite !

J’espère regarder prochainement les adaptations pour vous dire combien j’en suis triste 😀

Anna Karénine – Tolstoï

Entretien avec un vampire, Anne Rice

Entretien-avec-un-vampire-pocket_2

 

Il y a quelques temps déjà, j’ai visionné le film. Récemment, on m’a prêté le livre et je l’ai fait durer… durer… je n’avais vraiment pas envie qu’il s’arrête un jour. En regardant un peu le pourquoi du comment Anne RICE avait écrit ce livre, les idées que je me suis faites au cours de ma lecture sont devenues plus précises et confirmées. 

*

Louis, personnage principal de cette oeuvre, « vit » après avoir quitté sa vie de mortel une véritable quête d’identité. Bien plus humain qu’il ne l’était avant d’appartenir au monde de la nuit, son histoire pourrait se résumer ainsi : qui je suis ? que suis-je dans ce monde ? quels sont mes semblables ? puis-je aimer et l’être en retour ? qu’est-ce que la mort ? Cette quête est suave, imprégnée par des sens constamment exacerbés, les sons, les sensations tactiles, l’ouïe, la vue et ce goût que nous autres mortels ne connaîtrons jamais, ce mélange de désir, de passion, de fureur, apogée de la vie quand on ôte celle de celui dont on boit le sang jusqu’au dernier frémissement de ses veines. Louis est aussi à l’image de son siècle, désabusé, plein de questions, déprimé et en proie à un mal-être impossible à soigner.

*

Qui suis-je ? Est-ce que je me connais vraiment ? Quelles sont mes désirs ? Puis-je y répondre ? Est-ce que les autres me connaissent mieux que ce que je crois connaître de moi ? Une fois engendré par Lestat, vampire séduisant aux yeux d’un Louis mortel, Louis perçoit le monde et se perçoit lui-même tout à fait différemment. L’exacerbation de ses sens lui permet d’acquérir une conscience supérieur sur sa vie et sur les évènements qui l’ont mené à choisir d’abandonner à tout jamais sa vie de mortel.

Qui suis-je dans ce monde ? Et pourquoi celui qui m’a fait ne peut pas y répondre ? C’est une question que, portés par la vie, ses rebondissements, ses imprévus, ses chances aussi, tout mortel ne se pose pas forcément. A-t-on jamais vu une nation entière se tourner vers sa Mère et le lui demander un jour ? Tout le monde passe-t-il par cette remise en question, cette volonté de secouer ceux qui nous ont donné la vie (ou la mort pour Louis), les mettre en cause, les rendre coupables de notre ignorance ; jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’ils n’ont pas les réponses pour nous ?

Qui sont mes semblables ? Louis se cherchent, les cherchent, cherche un miroir dans lequel se regarder. Connais tes amis tu te connaîtras toi-même. Possible. Peut-être que non. C’est cette quête qui l’amène en Transylvanie où il rencontre d’autres vampires, parfaitement semblables à lui, mais sans âme. C’est la frayeur : Louis se demande pourquoi ils sont différents. Il se demande pourquoi – lui – est si différent. Ses pas le mèneront jusqu’à Paris où il rencontrera Armand, Armand, ce séduisant vampire pour lequel ses sens s’excitent, et s’il avait un cœur de mortel nous pourrions dire pour qui son cœur bat la chamade. Mais il n’en est rien : la passion d’avoir trouvé un alter ego est bien plus forte que tout ce que l’on pourrait écrire. Son double, celui en qui il trouve les réponse, celui qui le révolte, le pousse dans ses retranchements, le malmène et l’aime à la fois. C’est une passion dévorante et insensée qui brise tout ce à quoi Louis croyait tenir et qui font de lui l’être révélé qu’il cherchait en lui depuis le début.

Puis-je aimer et être aimer en retour ? Cette question reste suspendue. Louis ne se demande pas forcément ce que c’est que l’Amour. Il est à l’écoute de ses sensations et des sentiments provoquées par ses différentes liaisons. L’Amour qui l’a attiré auprès de Lestat l’empoisonne car il en est changé à tout jamais et il est révolté. L’amour impossible avec Babette à qui il n’ose montrer son vrai visage et lui cause du tourment avec ses mystères et ses méfiances. L’amour passion qu’il voue à Claudia, petit être vampire empli de colère qui ne grandira jamais, amour filial démesuré qui le tourmente et le pousse à tuer une tribu entière de vampire. Pour finir par cet amour amoureux pour Armand plein de folie et de tendresse, un Armand prêt à tout pour obtenir l’objet de ses désirs et dont la ferveur fera de Louis un être tristement désabusé par ce sentiment trop humain. 

Qu’est-ce que la mort ? La mort de soi dans les moments les plus douloureux, la mort d’êtres chers dont on croit être à l’origine, ou la mort de nos excès de folie. L’âme subsistera, tâchée, pervertie, meurtrie, annihilée aussi, après toutes ces épreuves et feront de nous des choses marquées et transformées, sans que nous puissions faire marche arrière et retrouver cette part d’innocence volée.

*

Ainsi, je crois, que bien plus qu’une simple histoire de vampires, cette oeuvre propose une réflexion sur la quête de son soi intérieur, son image, ses peurs, ses questions, comme un récit initiatique de plusieurs décennies que nous, simples mortels, ne pouvons mener à son terme. Survivre aux épreuves, survivre aux changements, se découvrir dans les relations qui nous font et ne pas croire que tout soit acquis et bien ordonné dans un monde en perpétuel changement.

Peut-être continuerai-je avec la suite des Chroniques d’un Vampire mais je pense que ce livre a été capital dans la construction de l’auteur et que le reste sera beaucoup moins imprégné de sa vie et de ses douleurs. Peur d’être déçue 🙂

Entretien avec un vampire, Anne Rice

Justine ou comment Ana est finalement bien tombée !

Digression nécessaire pour comprendre érotisme / porno. Tu peux sauter jusqu’au trait de séparation si ça te saoule, lecteur !
/!\ -18 ans =)

Vous voilà après la Révolution, détenant entre vos mains le livre le plus érotique qu’il ait jamais été écrit. Erotique ? Non, Wikipédia, tu te trompes ou alors tu ne l’as pas bien lu. Ou alors encore nous n’avons pas la même définition de l’érotisme. Considères-tu que les Cinquantes Nuances sont teintées d’érotisme ou que c’est un bon gros porno pour celles qui manquent de piment dans leurs jeux sexuelles ou les frustré(e)s ? (Chers lecteurs, comme tu le constates, je n’ai pas du tout aimé cette trilogie. Je n’ai pas frétillé et le coup du « ta fille aime déjà le sexe » à la fin me laisse sans voix – allons, allons, ne me dis pas que tu te sens spolié (e) après cette révélation ? tu lisais vraiment pour savoir comment ça allait se terminer ? à d’autres !)

Revenons à notre mouton. Selon ta propre définition, Wikipédia, l’érotisme c’est ce qui « désigne l’ensemble des phénomènes qui éveillent le désir sexuel ». Quand Ana se fait prendre, qu’elle a un plug anal, qu’elle parle de sa « chatte », tu vas me dire que cela éveille le désir sexuel ? Tu fais d’ailleurs le débat érotisme/pornographie toi-même et franchement, les prises abracadabrantesques d’Ana me font plus penser à une  « représentation d’actes sexuels ayant pour objectif d’exciter sexuellement le spectateur » et c’est ce que tu écris pour pornographie.


Bref tout ça pour dire que – Non ! – Justine n’est pas une héroïne dans un roman érotique. Ou alors il faut souffrir d’une grosse dose de frustration ou de perversion pour que les différentes scènes suscitent une envie orgasmique chez le lecteur. Voyez-vous, Justine est une pauvre malheureuse vierge, un peu comme Ana. Sauf qu’elle ne tombe pas sur un Largo Winch dominateur, non. Justine tombe sur une avalanche de détraqués et si elle essaie de clamer au départ qu’elle souhaite garder sa vertu, on ne peut pas dire que ce soit d’une grande efficacité.

Imaginez-vous toujours après la Révolution. Vous avez dans les mains la plus grande encyclopédie psychologique de toutes les pathos sexuelles possibles et inimaginables. Vous avez celui qui aime défleurir, vous avez le gang des curés qui vivent au milieu d’un harem de victimes et dont ils jouissent par mille et un objet en plus de leurs phallus, vous avez aussi la bande de voleurs qui ne rechignent pas à un petit trou qui passe, vous avez le micro-zizi-man qui déteste les femmes et mutile son épouse en jouissant du spectacle entourés de jeunes hommes, les libertins fans du chemin boueux, les accros au pipi, vous avez aussi le riche qui se paie des petites filles (pas des jeunes filles, non, des « petites » !) et qui les revend dans le Sud de la France après les avoir consommées. Alors, vous trouvez ça érotique vous ?

Bref, je m’étais dit qu’un jour je lirai franchement un « Marquis de Sade » pour voir s’il était vraiment aussi « Sadique » que ça. Je dirai que c’est un fin observateur de la sexualité décalée.

En tout cas, sa sœur qui elle s’est prostituée, a tué son premier mari, et toutes les autres choses, finit dans les hautes sphères de la société. Est-ce que ce livre invite VRAIMENT à la vertu, franchement ? Est-ce qu’il ne pousse pas une lectrice avertie à contourner les voies les plus pieuses qui conduisent inéluctablement à la déchéance, la violence, la honte, la douleur et la mort ; pour devenir une figure importante dans la société par mille et une malversations ?

Bref, si vous êtes curieux, c’est assez épatant de lire autant de scènes de sexe barbares dans une langue aussi soutenue ! Si vous n’êtes pas curieux, ce n’est pas grave, l’histoire en elle-même ne m’a pas franchement marquée. Quelques gravures pour ne pas vous donner l’eau à la bouche. Mes excuses par avance.

photos prises sur http://utpictura18.univ-montp3.fr/ 

Justine ou comment Ana est finalement bien tombée !

La nuit des enfants rois, Bernard Lenteric

C’était dans le train, la première fois. Avec curiosité, je m’étais plongée quelques jours avant dans la bibliothèque de mon conjoint. Il y avait alors pleins de livres à la tranche argentée (SF) et puis quelques autres. Dont lui. Je l’ai pris, j’ai lu la quatrième, et puis j’ai demandé « Ca parle de quoi en fait ? » A sa mine, j’aurais dû me douter qu’il fallait avoir plus que le cœur bien accroché. Deux heures aller, deux heures retour. Les yeux écarquillés, je me suis arrêtée au beau milieu du livre. Effroyable. Oui, terrifiant. Un sentiment d’horreur me gagne. C’est puissant, ça prend aux tripes et ça vous tord dans tous les sens. Il n’y a plus de bruit autour de vous et vous êtes scotché aux mots qui défilent sous vos yeux. Violence. Et puis j’ai refermé le livre, et c’est un sentiment gênant qui subsiste. Incommodant. Dérangeant. Interrogeant.

Alors quand on a lancé quelques années plus tard l’animation, je me suis demandée comment ils avaient bien pu rendre cette esthétique sombre et poignante. Mis à part le fait – bien qu’il ne soit d’ailleurs pas mineur et pourrait rendre l’adaptation détestable – qu’on invente de supers pouvoirs aux enfants au lieu de célébrer leur génie intellectuel, ce que l’auteur avait d’ailleurs placé au cœur de son ouvrage, la poésie de l’atrocité a inspiré le génie des animateurs/dessinateurs. La scène de viol et de violence résonne dans une chorégraphie étrange, malsaine, et vibrante. Je pense que la façon dont a été animée le script est subtile et rend compte de l’impression étrange que laisse à son lecteur le livre même si – comme je le disais plus tôt – il est regrettable d’avoir transformé les personnages, leurs compétences, et de les avoir réduits à des pseudos super héros pleins de pouvoirs magiques stupides. Il faut chercher autre chose quand on le regarde pour pouvoir retrouver les sentiments laissés par la lecture.

Chaussez vos lunettes, installez-vous dans un fauteuil, et préparez-vous à l’indicible. Bonne lecture. Et bon visionnage si malgré la critique ci-dessus vous êtes quand même tentés d’aller y jeter un œil.

La nuit des enfants rois, Bernard Lenteric

Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes

Parmi les livres qu’une amie m’a prêtés se trouvait Des fleurs pour Algernon. On m’avait prévenue alors : « Ne lis pas la quatrième de couverture, tu vas te spoiler ». Ok. Je ne l’ai pas lu. Un jour, dans une salle d’attente quelconque, je sors le livre de mon sac et commence à lire. A lire ? Aïe mes yeux ! Que se passe-t-il ? Pourquoi ne m’a-t-elle pas prévenue ? Des fleurs pour Algernon est présenté sous la forme d’un « journal » ou plutôt de notes fréquente par un homme, Charlie Gordon. Grâce à l’institutrice qui s’occupe de déficients mentaux, il participe à une expérience révolutionnaire qui permettrait, croit-on, d’augmenter les capacités intellectuelles des gens. Les premières notes vous font saigner les yeux ! Si si ! Et puis petit à petit vous remarquez que l’orthographe est meilleure, la syntaxe aussi, le discours est plus élaboré, et la vie de Charlie est changée. Vous découvrez le monde de la science et des adultes avec lui, vous l’accompagnez dans sa quête de connaissance. Vous êtes un peu son Algernon, non ? 🙂 Je ne veux pas trop vous en dire, je vous invite vraiment à le lire.

A le regarder aussi ? Non, pas vraiment. Je suis vraiment déçue par l’adaptation qui fait de Charlie petit à petit un homme de savoirs sans cœur. Non, Charlie ne tuera pas Algernon ! Algernon c’est l’alter ego de Charlie, c’est sa boule de cristal, son ami. Les relations humaines de Charlie sont complètement faussées pour des histoires mièvres qui sans doutent passaient mieux à la TV. Je suis étonnée de voir à quel point on peut passer à côté de l’essence même d’une œuvre, comment on peut la travestir pour centrer une œuvre sur un sujet qui nous intéresse. Pourquoi ne pas écrire un scénario original au lieu de massacrer un livre ? O_O Non franchement, ne le regardez pas 😀 Lisez lisez ! Il est extra !

 

 

Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes