Ad vitam AEternam – Thierry Jonquet ( + à propos de von Hagens)

Remporté lors d'un "jeu de piste" pour enterrement de vie de célibataire. A faire tourner aux autres membres de l'équipe :)

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Si vous prenez la 4ème, vous lirez que l’auteur est réputé pour son talent en matière de « roman noir » et que, de plus, ce roman « flirte avec le fantastique sans tomber dans le maniérisme » (dixit Lire). Bien. Ca avait l’air tentant dit comme ça et si ça se trouve nombre d’entre vous ont apprécié ce livre. Moi, non.

« Fantastique« . Le fantastique est une brèche dans le réel, des évènements étranges qui font qu’un univers tout à fait réaliste vacille ; le lecteur est perdu : s’il choisit d’adhérer, on tombe dans la science fiction admettons et s’il se dit que le personnage délire, on reste dans le réaliste. J’ai dit lecteur ? Je confirme Lecteur. Ici tout ce qui peut être « fantastique » réside dans ce que vit le personnage principal (d’ailleurs quel est le curieux personnage qui a choisi cette couverture, sérieux ? Est-ce qu’il a lu autre chose que le résumé ? Non parce que l’héroïne a beau bosser dans un salon tatoo-piercing, elle n’a AUCUN trou sur le corps figurez-vous. Donc ça serait sympa de lire le premier chapitre avant de coller une photo en couverture…)

Bon. L’histoire en elle-même est aussi peu palpitante qu’un banal Levy (Marc of course. Désolée je trouve que les livres de ce charmant auteur passent le temps dans le train pour le lambda moyen mais il ne satisfait en rien mes exigences :/ j’ai essayé ! Juré ! Mais je trouve ça pauvret) Donc je disais que si vous lisiez un Levy, vous pourriez tout à fait lire les mêmes 350 pages en quelques heures.

Je ne dévoile pas tout pour la future mariée qui lira certainement ce chef d’oeuvre 😀 (Ah si si Mathilde t’as pas le choix :D) mais sachez que je le résumerai ainsi : histoire banale, héroïne à vie banale avec son petit traumatisme qui la distingue, super héros sans cape et sans épée, intrigue parallèle qui se recoupe FORCEMENT avec la p’tite héroïne, des scènes de la vie courante ou de la vie intime, une capture, des secrets dévoilés. Mert’ je vous parlerai des 50 Nuances ou d’un Twilight je suis sûre que je résumerai pareil quoi >_<

A ceci près ! J’aurais au moins découvert un artiste (merci pour l’intrusion surnaturelle de références culturelles étranges et passionnantes qui font que ok… ok… vous écrivez quand même un peu mieux que les autres parce que vous êtes curieux de culture M. Jonquet). Parce que le super héros est « fasciné » par la Mort (je ne peux pas trop vous en dire plus, ce n’est pas un psychopathe, c’est un croque-mort un peu… aeternel 😀 ), l’auteur en profite pour introduire quelques éléments de réalité à découvrir si on est un tant soit peu curieux (… de vérifier si y’a pas quelque chose à sauver du bouquin). Voici quelques noms cités furtivement avant d’arriver à l’artiste dont je voulais parler : (merci Wiki)

Hérophile

Hérophile a été un des pères de l’anatomie et a fondé l’école médicale d’Alexandrie. Il a été le premier à faire systématiquement des dissections de cadavres humains. Il a étudié le trajet des artères et les étapes de l’accouchement notamment.

Dioclès

C’était un médecin grec. Il a écrit notamment au sujet des fièvres, les maladies des femmes, les bandages, l’hygiène etc.

Claude Galien

Après de nombreuses études, il se dirigea lui aussi vers la médecine (oui parce que le livre parle du ralentissement du vieillissement dans la société actuelle etc) Il a effectué des opérations du cerveau, de l’œil. Il a été confronté à la peste antonine.

Mondino dei Liucci

Médecin italien spécialiste de l’anatomie et auteur d’un manuel destiné à enseigner la dissection humaine.

André Vésale

Vous allez beaucoup en entendre parler en lisant le livre ! Il est considéré comme le plus grand anatomiste de la Renaissance. Alors à moins que Thierry Jonquet se soit contenté de Wiki comme je le fais, mais il raconte la même anecdote à propos du gibet de Montfaucon (tu voulais que je te raconte aussi lecteur ? 😀 Eh ben non, cherche un peu toi aussi :p)

Bref tout ça pour arriver à l’exposition de….

Gunther von Hagens                 Gunther von Hagens

Qui est-il ? (Wiki : ) C’est un anatomiste allemand, inventeur de la plastination, une technique visant à conserver des corps ou des parties d’êtres décédés. Il est à l’origine de Body Worlds (Körperwelten en allemand), une exposition sur des corps ou des parties de corps humains qui ont été plastinés.

Et comment le souligne Wiki, je me demande : a-t-on le droit d’exhiber des corps de personnes décédées ? La mort peut-elle être un prétexte à l’Art ? Peut-on montrer sans toucher à la pudeur de l’être qui l’a habitée la peau délivrée de tout liquide vivant ? Et moi quand je regarde l’exposition, comment ai-je le droit de me sentir ? Ai-je le droit d’être écœurée ? Ai-je le droit de me sentir gênée et de penser à mon propre corps une fois que mon esprit ne sera plus ? Est-ce que cette exposition nous secoue parce qu’il nous renvoie notre impuissance dans cette enveloppe charnelle ? Est-ce qu’elle nous invite à nous poser trop de questions ? Ou est-ce qu’elle me rebute parce que je suis d’une pudeur sans nom ?

Quelques photos à partager :

461(3)  BodyWorlds Body Worlds Exhibition To Open In Berlin

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Ad vitam AEternam – Thierry Jonquet ( + à propos de von Hagens)

L’élégance du hérisson, Muriel Barbery

«  Vous avez trouvé la bonne cachette. « 

Comme je l’ai annoncé, il m’aura fallu visionner le film pour apprécier à sa juste valeur le livre. J’insiste quand même sur le fait que lire quelqu’un qui déblatére autant de blablabla philosophique a été une épreuve difficile à surmonter. Je pense qu’à trop vouloir en faire on gâche tout. Autant le livre étouffe, autant le film est passé à côté – est-ce que c’est parce qu’il a justement été réalisé par cette classe sociale dénoncée par l’auteur qu’il me semble ridicule ?

Le film vous fait part des soixante dernières pages du livre (à tout casser) et se concentre sur un parallèle entre la vie de Paloma et de Renée. Le passage qui vous montrera à quel point les réalisateurs du film sont à côté de leur baskets concernant la critique de la société (leur critique en fait) c’est quand Paloma rencontre Yoko, la petite-fille de Kakuro. Dans le film, Paloma dresse le portrait pathétique de son futur. Dans le livre en réalité Yoko est une délicieuse énigme qui contrairement à tout ce qui peut se lire sur la tête des p’tits bourgeois qui finiront shooté, mal habillés pour faire style, qui parlent de ce qu’ils ne connaissent pas et qui se croient hyper importants et supérieurs (oui donc vous réalisateurs) Yoko n’a pas de destin tout tracé. Vous vous voyez à quel point en vous trompant sur ce si petit mais ô combien important passage vous montrez que vous répondez parfaitement à ce cliché de bobo qui se la pète et qui n’en est que davantage pathétique ? Non ? Normal, on ne peut se juger qu’avec le peu d’intelligence qu’on a.

Passons, on dirait Paloma qui fait une observation du monde, là. Vous l’aurez compris, le film est raté parce que les réalisateurs l’ont réécrit pour ne pas se prendre la critique qui leur est adressée en pleine poire.

Le livre nous parle de l’élégance du hérisson et cette expression est proposée pour Renée : elle est piquante à l’extérieur, pour le monde, elle cherche à être celle qu’elle pense que les autres veulent qu’elle soit et joue un rôle pour mieux vivre pleinement ce qu’elle est en toute intimité. Fragile. Délicate. Et si cultivée. Elle fait le choix de répondre aux critères physiques, c’est un jeu difficile, surtout quand elle se dévoile malgré elles à certaines personnes (Kakuro et Paloma, le jeu qu’elle veut jouer n’a pas sa place auprès de sa meilleure amie)

Seulement ce livre nous parle des mouvements du monde, en quoi chaque mouvement d’un être est une conséquence directe pour tous les autres êtres humains de la planète. Comment un sourire, une colère, un regard ou une indifférence bouleverse le monde, comment les classes sociales établissent un équilibre précaire dans la vie, comment les uns cherchent dans les autres un miroir d’eux-même pour les reconnaître, que ce miroir soit un « Je suis supérieur » (c’est pourquoi si vous vous habillez comme une classe supérieure on ne vous reconaîtra sûrement pas) que ce miroir soit un « Je suis ton semblable » (et si l’écart d’âge ou de culture son lointain, l’approche est fragile mais le contact n’en est que plus fort). Ce livre, c’est comprendre qu’on est d’une part ce que les autres font de nous d’autre part ce que nous sommes vraiment et qu’au gré des rencontres certaines parties de soi jaillissent et brillent tandis que d’autres s’éteignent peu à peu.

Si vous survivre difficilement aux premières pages, n’hésitez pas à avancer. Ca en vaut quand même la peine !

L’élégance du hérisson, Muriel Barbery

Body Art – Don DeLillo

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Voici Emilie Borgo. Emilie est chorégraphe et praticienne du Body Mind Centering. Elle fait partie de la compagnie Passaros. Sa présence, son écoute et son expérience ont permis à de nombreux professeurs dont je fais partie de prendre conscience de son corps, de ses capacités, d’Oser et de permettre à notre tour à nos élèves de s’épanouir dans leur corps avec leurs propres capacités et de se réconcilier avec lui, de prendre appui sur lui quelque soit son état, d’aller au delà. Merci Emilie.

 

Pourquoi je parle d’elle alors que j’ai annoncé ma lecture de Body Art de Don DeLillo ? Le personnage féminin que l’on rencontre au début de l’oeuvre est présentée comme Lauren Hartke et telle qu’elle est dans Body Art, elle n’est pas du tout comme Emilie. L’échange de paroles que l’on n’écoute pas, l’inattention du quotidien, les « Hein ? » et les « Quoi ? » qui agacent, cette sensation de vide intérieur et ce deuil qui pèse sur le lecteur sont exactement le contraire de Body Time.

Body Time est le spectacle que l’on ne rencontre qu’à la cent sixième page. Je suis heureuse d’avoir survécu tant bien que mal jusqu’à cette fantastique délivrance !

 Le vide oppressant, les corps dans le quotidien, la pesanteur et l’insoutenable trou béant au creux du ventre qui m’ont anéantie dans ma lecture, les paroles échangées qui ne le sont pas vraiment, des moyens de communication qui coupe bien au contraire les relations trouvent enfin une énergie dans le spectacle chorégraphié. Et quand elle dit  » J’essaie d’analyser et de restructurer  » mes yeux fatigués s’agitent et ma mémoire parcourt les pages douloureuses subitement d’un tout autre regard.

 Qui sommes nous vraiment quand nous ne sommes affairés à être qui nous sommes ?

 Quelle est l’entendue des possibilités de notre corps que l’on restreint dans un quotidien immuable et sans couleur ?

 Comment faire du vide apparent une poésie du quotidien vivace et forte ?

 Body Art, Body Time, Body Mind et tout ce que vous pourriez devenir si vous preniez plus soin de votre corps, si vous étiez à son écoute, à l’écoute de ses sens – ce qu’il voit, ce qu’il touche, ce qu’il goûte, ce qu’il sent, ce qu’il entend et tout ce que cela peut faire vibrer en lui dans l’apparente tristesse du quotidien.

Quand je sors d’une séance de danse avec Emilie, je n’ai qu’une envie, c’est de danser. Encore.

Body Art – Don DeLillo

L’objet-livre revisité – Su Blackwell

Il y a quelques temps, dans un Litténews sur Parano.be, un amie présentait une  photographie d’une des oeuvres de Su Blackwell, artiste britannique de talent. J’ai été agréablement surprise par son travail et comme c’est un lien avec les livres… je le poste aussi ici !

Représentation d’une scène extraite d’Alice aux Pays des Merveilles

Envol de papillons

Vous trouverez ICI de nombreuses autres photographies de son œuvre.

Qui est Su Blackwell ?

Su Blackwell est une artiste britannique qui travaille essentiellement le papier. Ses œuvres illustrent en grande partie des contes de fées. (voir ci-dessus la représentation d’Alice) Le papier est pour elle symbole de fragilité tout comme l’enfance.

Dans l’interview qui est présentée sur son site, elle explique que le choix du papier lui vient aussi de sa rencontre avec les rituels d’Asie du Sud-Est et une légende chinoise : 梁山伯与祝英台 – La Romance de Liang Shanbo et Zhu Yingtai. Ci-dessus vous avez une photographie de ce livre d’où s’envolent des papillons : il fait écho à cette légende dont je vais vous faire un petit résumé.

Zhu est une jeune femme qui veut accéder au savoir. Pour ce faire, elle se déguise en garçon et part faire des études. Très rapidement, elle se lie d’amitié avec le jeune Liang. Tous deux deviennent de bons élèves. Un jour, le père de Zhu la rappelle auprès de lui : elle tente alors en vain de faire comprendre à Liang qu’elle est une jeune femme. Avant de partir, elle lui confie son collier de Jade. Liang ne comprend toujours pas. Quelques mois plus tard, Liang rend visite à Zhu : il trouve à la place de son meilleur ami une jeune femme merveilleuse. Amoureux, il demande sa main, mais ses parents ont déjà arrangé un mariage. Désespéré, Liang se laisse mourir. Bientôt, Zhu doit se rendre en bateau chez son futur mari. En passant près de la tombe de Liang, la Nature se déchaîne et elle ne peut avancer plus loin. Lorsqu’elle comprend que la tombe qui se trouve là est celle de celui qu’elle a toujours aimé, elle l’implore de s’ouvrir. La pierre s’écarte et Zhu se jette à l’intérieur. Aussitôt, la pierre se referme et deux magnifiques papillons s’envolent en tourbillonnant.

*Sculpture au Parc Culturel Liang Shanbo

L’Objet Livre

Dans l’oeuvre de Su Blackwell, le livre n’est pas à lire de façon ordinaire. Il devient le support d’une histoire mise en scène dans du papier. Les personnages, les décors, tout est découpé dans le texte et illustre le passage auquel il fait référence.

Oseriez-vous ?

Vous qui aimez les livres et vous qui êtes passionnés par la création, oseriez-vous détourner un livre pour en faire le support d’une œuvre de papier ? Si vous pouviez réaliser un projet inspiré par Su Blackwell, quel livre et quel passage mettriez-vous en scène ?

L’objet-livre revisité – Su Blackwell