Entretien avec un vampire, Anne Rice

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Il y a quelques temps déjà, j’ai visionné le film. Récemment, on m’a prêté le livre et je l’ai fait durer… durer… je n’avais vraiment pas envie qu’il s’arrête un jour. En regardant un peu le pourquoi du comment Anne RICE avait écrit ce livre, les idées que je me suis faites au cours de ma lecture sont devenues plus précises et confirmées. 

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Louis, personnage principal de cette oeuvre, « vit » après avoir quitté sa vie de mortel une véritable quête d’identité. Bien plus humain qu’il ne l’était avant d’appartenir au monde de la nuit, son histoire pourrait se résumer ainsi : qui je suis ? que suis-je dans ce monde ? quels sont mes semblables ? puis-je aimer et l’être en retour ? qu’est-ce que la mort ? Cette quête est suave, imprégnée par des sens constamment exacerbés, les sons, les sensations tactiles, l’ouïe, la vue et ce goût que nous autres mortels ne connaîtrons jamais, ce mélange de désir, de passion, de fureur, apogée de la vie quand on ôte celle de celui dont on boit le sang jusqu’au dernier frémissement de ses veines. Louis est aussi à l’image de son siècle, désabusé, plein de questions, déprimé et en proie à un mal-être impossible à soigner.

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Qui suis-je ? Est-ce que je me connais vraiment ? Quelles sont mes désirs ? Puis-je y répondre ? Est-ce que les autres me connaissent mieux que ce que je crois connaître de moi ? Une fois engendré par Lestat, vampire séduisant aux yeux d’un Louis mortel, Louis perçoit le monde et se perçoit lui-même tout à fait différemment. L’exacerbation de ses sens lui permet d’acquérir une conscience supérieur sur sa vie et sur les évènements qui l’ont mené à choisir d’abandonner à tout jamais sa vie de mortel.

Qui suis-je dans ce monde ? Et pourquoi celui qui m’a fait ne peut pas y répondre ? C’est une question que, portés par la vie, ses rebondissements, ses imprévus, ses chances aussi, tout mortel ne se pose pas forcément. A-t-on jamais vu une nation entière se tourner vers sa Mère et le lui demander un jour ? Tout le monde passe-t-il par cette remise en question, cette volonté de secouer ceux qui nous ont donné la vie (ou la mort pour Louis), les mettre en cause, les rendre coupables de notre ignorance ; jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’ils n’ont pas les réponses pour nous ?

Qui sont mes semblables ? Louis se cherchent, les cherchent, cherche un miroir dans lequel se regarder. Connais tes amis tu te connaîtras toi-même. Possible. Peut-être que non. C’est cette quête qui l’amène en Transylvanie où il rencontre d’autres vampires, parfaitement semblables à lui, mais sans âme. C’est la frayeur : Louis se demande pourquoi ils sont différents. Il se demande pourquoi – lui – est si différent. Ses pas le mèneront jusqu’à Paris où il rencontrera Armand, Armand, ce séduisant vampire pour lequel ses sens s’excitent, et s’il avait un cœur de mortel nous pourrions dire pour qui son cœur bat la chamade. Mais il n’en est rien : la passion d’avoir trouvé un alter ego est bien plus forte que tout ce que l’on pourrait écrire. Son double, celui en qui il trouve les réponse, celui qui le révolte, le pousse dans ses retranchements, le malmène et l’aime à la fois. C’est une passion dévorante et insensée qui brise tout ce à quoi Louis croyait tenir et qui font de lui l’être révélé qu’il cherchait en lui depuis le début.

Puis-je aimer et être aimer en retour ? Cette question reste suspendue. Louis ne se demande pas forcément ce que c’est que l’Amour. Il est à l’écoute de ses sensations et des sentiments provoquées par ses différentes liaisons. L’Amour qui l’a attiré auprès de Lestat l’empoisonne car il en est changé à tout jamais et il est révolté. L’amour impossible avec Babette à qui il n’ose montrer son vrai visage et lui cause du tourment avec ses mystères et ses méfiances. L’amour passion qu’il voue à Claudia, petit être vampire empli de colère qui ne grandira jamais, amour filial démesuré qui le tourmente et le pousse à tuer une tribu entière de vampire. Pour finir par cet amour amoureux pour Armand plein de folie et de tendresse, un Armand prêt à tout pour obtenir l’objet de ses désirs et dont la ferveur fera de Louis un être tristement désabusé par ce sentiment trop humain. 

Qu’est-ce que la mort ? La mort de soi dans les moments les plus douloureux, la mort d’êtres chers dont on croit être à l’origine, ou la mort de nos excès de folie. L’âme subsistera, tâchée, pervertie, meurtrie, annihilée aussi, après toutes ces épreuves et feront de nous des choses marquées et transformées, sans que nous puissions faire marche arrière et retrouver cette part d’innocence volée.

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Ainsi, je crois, que bien plus qu’une simple histoire de vampires, cette oeuvre propose une réflexion sur la quête de son soi intérieur, son image, ses peurs, ses questions, comme un récit initiatique de plusieurs décennies que nous, simples mortels, ne pouvons mener à son terme. Survivre aux épreuves, survivre aux changements, se découvrir dans les relations qui nous font et ne pas croire que tout soit acquis et bien ordonné dans un monde en perpétuel changement.

Peut-être continuerai-je avec la suite des Chroniques d’un Vampire mais je pense que ce livre a été capital dans la construction de l’auteur et que le reste sera beaucoup moins imprégné de sa vie et de ses douleurs. Peur d’être déçue 🙂

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