Running Man – S. King

Rien qu’une nuit. Où est passé celui qui m’a séduite il y a quinze ans quand j’ai découvert sa verte ligne ? Où sont les mots, le style, la difficulté et l’envie d’aller plus loin dans ce simetière et les frissons en voyant « ça » ? C’est en lisant les remerciements à la fin du dernier tome de Hunger Games que j’ai choisi de lire immédiatement après ce livre ; alors bien sûr le ton n’est pas le même, le public visé non plus ; mais je comprends ce qui a interpellé S. Collins (l’auteure explique qu’elle a pensé aux jeux du Cirque à l’Antiquité et qu’avec sa lecture de Running Man qui est un jeu de téléréalité, elle finisse par placer dans une dystopie une arène, dans laquelle les joueurs sont observés par des spectateurs fous qui veulent du sang, du sang, du sang) Bref, passons.

On se glisse très facilement dans l’ombre du héros principal – un peu trop. Aucune difficulté. Le vocabulaire – quoique plus riche que dans les romans actuels qui font tabac et qui ont aussitôt une adaptation cinématographique (à croire que sans ça un livre n’existe pas ?) – est simple. Les évènements s’enchaînent, on assiste à chaque scène sans vraiment entrer dans la peau du personnage. Et l’histoire passe. Je tourne les pages, je lis, je ne frissonne pas, je ne me projette pas, je ne m’imagine aucune scène ; rien ne prend consistance devant mes yeux. J’imagine que le livre à sa sortie n’avait pas sa pareille. J’imagine que c’était original même si on sent le nuage d’Orwell planer sur tout le premier chapitre ? Je n’ai pas passé un mauvais moment à le lire, non, et je n’oublierai pas l’histoire (surtout la fin). Ce que je retiens c’est qu’un auteur qui écrit (trop) a parfois de très bons, de bons, de simples et de médiocres livres. « Tout est fatal » quand on est trop productif, M. King.

Attention… surprise ! Une auto-contre-critique !

Je voudrais cependant apporter une autre critique à ce livre après avoir vu le film. Dans le livre, le héros a un but, un vrai, et son personnage a du caractère. Il fait des choix qui peuvent émouvoir puisqu’il s’agit de sauver sa fille. Et la lutte qui s’étend sur tout le continent est finalement surprenante. Je me sens beaucoup plus proche du personne, dans sa course, dans ses tentatives, dans ses fuites aujourd’hui.

Dans le livre, on s’aperçoit que les gens n’ont aucun sens de la moralité (je repense ici à une étude en psychologie sociale qui s’inquiétait des conséquences de la télé-réalité) : je pense que l’auteur a perçu un danger. On médiatise et par là même on dédramatise le crime gratuit. Le peuple cautionne, le peuple est ravi de retrouver ses jeux du cirque ! Le peuple en redemande, le peuple participe !

Je ne crois pas avoir retenu du héros une fin heureuse, elle est même dramatique. Son geste final (désolée de vous spoiler) est héroïque mais ne rétablit en rien sa personne aux yeux de la masse, la masse EST et RESTE ignorante. Et la scène finale de cet avion qui s’écrase dans les tours m’a fait frémir.

Quid de l’adaptation ?

Ah pardon, on avait dit « adaptation » pas réécriture. De l’Histoire on ne garde que le nom du jeu, non ? Le personnage est entièrement réécrit pour qu’il corresponde à l’acteur choisi pour le film (on ne fait pas l’inverse d’habitude ?) et les liens familiaux, la misère, la famine, tout ça a disparu. Dans quel but le héros s’inscrit et passe les tests pour le Running Man ? Eh bien, il a été sélectionné sans s’inscrire et il ne passe aucun test, figurez-vous. Qu’en est-il de sa femme et de sa fille ? Il n’en a pas mais se coltine trois boulets dans sa quête (ah pardon, ce sont des adjuvants sans eux il n’y arriverait pas).

La zone du jeu est complètement différente aussi et je pense que cet aspect a séduit l’auteure des Hunger Games : on a des costumiers pour préparer les joueurs avant d’entrer dans la zone de jeu ; une rampe d’accès après le passage sur le plateau télé ; enfin des arènes dans lesquelles le joueur est filmé en permanence. Ainsi le héros ne doit-il pas se conformer au contrat qui est de se filmer deux fois par jour pendant dix minutes, il ne passera donc aucun message aux téléspectateurs, et je trouve qu’on passe à côté de quelque chose qui aurait pu être grandiose !

Passons sur les dialogues kitchs et les vannes pourries (oulala ! je me lâche ce soir !) et regardons le public. Par moralité ? Choix ? Incompréhension totale de la psychologie du livre ? On nous fait croire que le public a de la haine pour le héros parce qu’il est méchant. Ouh le vilain garçon ! Mais que nennni ! Dans le livre l’auteur explique clairement que si le public veut la mort du joueur c’est parce que c’est LE joueur. C’est tout. Les gens ont un pouvoir de vie ou de mort sur ce joueur, ils gagnent de l’argent s’ils le localisent, les gens aiment voir courir le joueur et rêvent d’être à l’origine de son exécution. Ils aiment voir le sang couler, nous faisons un bond en arrière direction Gladiateur-Land à Rome, les amis ! Dans le film, il y a quand même une mamie du public qui dit qu’elle mise sur le joueur comme grand gagnant, c’est impensable dans l’esprit de l’Histoire de Running Man !

Enfin, la musique. Personne n’a espéré entendre enfin un petit « Aouuuuh » de Mickaël au milieu des nénettes qui dansent des chorégraphies de Paula Abdul, sérieux ? (Voilà en gros j’ai rigolé devant cette réécriture mais elle m’a permis d’apprécier à sa juste valeur le livre je pense ; bonne lecture à tous !)

 

(Il ressemble trop à un de mes anciens I.E.N -_- ça craint)

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