Le liseur, Bernhard Schlink

Merci à Claire pour ce cadeau 🙂

Comment vous présenter cette découverte sans tout vous dévoiler mais en vous donnant envie de découvrir à votre tour cette oeuvre ?

A-nes-thé-sie. Mickaël observe le monde qui l’entoure après la Seconde Guerre mondiale et cherche à le comprendre, à y trouver sa place. Il vit dans une famille singulière, avec un père philosophe qui passe ses journées à penser. Mickaël lui veut voir. C’est ce regard qui un jour se pose sur le corps robuste d’Hanna alors qu’elle enfile sans séduction aucune un bas qui va le porter au coeur d’une passion dévorante. Il a quinze ans, il n’a encore jamais aimé. Il y a les bains, rituel auquel le jeune homme ne peut échapper, et très bientôt il y a les livres et Hanna est fascinée. Chaque après-midi, quand Mickaël se glisse dans son appartement, Hanna lui demande de lui faire la lecture et leur relation se reserre autour de ce lien si particulier. L’Odyssée d’Homère y tient une place particulière et ne va pas – pour moi – sans faire écho à Hanna tout entière.

Hanna, on l’appelle aussi  » La Jument «  ; pour Mickaël, c’est ce corps si ferme, si tonique et doux à la fois qui lui inspire ce petit nom ; pour les femmes dont elle a été la gardienne, c’est parce qu’elle était « jeune, jolie et sérieuse, mais cruelle et coléreuse » (les innombrables disputes surprenantes entre Mickaël et Hanna dessinent habilement les contours de sa psyché) ; pour moi, si Hanna porte si bien ce titre de Jument, c’est qu’elle est un peu la fin de l’Illiade, cheval de Troie qu’on investit pour détruire l’ennemi, pour le pousser à fuir. Et elle fuit Hanna ! Elle fuit après les flammes ! Car une fois que le feu a tout ravagé, que devient le Cheval de Troie ?

Abandonné par ceux qui l’ont fait entrer, que devient-il ? Protégeant à sa façon celles qui partiraient les premières à Auschwitz, prenant sous son aile les plus faibles pour leur faire vivre quelques jours moins pénibles avant d’être tuées, Hanna était ce Cheval que les Troyens ont pris pour un cadeau avant l’assaut final. Quand elles l’ont vue, elles n’ont rien vu d’autre que le cadeau des Dieux – qui aurait pu dire avant que tout s’enflamme que ce présent allait causer leur perte ? Personne. Mais qui après cette nuit-là n’a pas maudit le Cheval ? Personne.

Hanna, Cheval de Troie, on t’a maudi après la nuit embrasée. Après tant de morts. Ceux qui t’ont fait entrer dans la vie de tant de femmes se sont cachés en toi et font de toi la coupable du carnage. Pour protéger tes faiblesses, tu relèveras la tête, fière, et tu porteras sur tes épaules une croix un peu trop grande pour toi toute seule.

(Peinture : Tiepolo)

J’espère ne pas vous en avoir trop dit ? Et j’espère avoir donné envie à ceux qui ne l’ont pas encore lu de jeter un oeil à ce livre. Je vous recommande aussi l’adaptation cinématographique bien que je sois déçue de trois aspects en particulier.

Le père de Mickaël n’a pas de consistance dans l’adaptation. L’échange qu’entretiennent Mickaël et son professeur de séminaire à la fin du film était – dans le livre – une nouvelle entrevue entre le père et son fils. Cette relation passe inaperçue alors qu’elle importe au jeune protagoniste, que ce soit dans son affirmation post-coïtale qui lui donne de la consistance dans sa famille ou encore dans cet appel à l’aide réflexif quand Mickaël comprend l’anesthésie d’Hanna au procès. Mickaël qui a toujours eu du mal à atteindre le père et non pas le professeur ne semble pas trouver d’apaisement même devenu plus adulte.

Je reviens aussi sur l’anesthésie. D’abord celle d’Hanna. Pourquoi a-t-on cette scène pathétique au sein d’une Eglise devant des chants religieux ? D’une part, cette scène n’existe pas dans le livre, mais en plus on voit Hanna pleurer alors qu’à la fin du film elle avoue n’avoir jamais repensé au passé avant le procès. Hanna ne pleure pas. Hanna vit les camps et l’Histoire de cette guerre comme ceux de sa génération, dans une paralysie totale des émotions et de l’affect. Hanna n’est pas émotive ; elle perd le contrôle d’elle-même et cède à la violence et à la colère – mais pas aux larmes.

Cette anesthésie, c’est aussi celle de « la fille » écrivain, celle qui a survécu à cette nuit tragique avec sa mère. Cette fille n’apparaît jamais au procès, ce sont les juges qui se rendent en Israël pour les rencontrer et c’est à partir de son livre qu’ils interrogent Hanna et les cinq autres accusées. Il n’y a donc pas d’accusation et de doigt pointé, il y a simplement cette citation au sujet de La Jument, la gardienne, citation qui fait écho pour Mickaël à leur relation. De même, il n’y a aucun long discours à New York entre Mickaël et elle au sujet des camps. Je n’ai même pas compris ce que cela venait faire ici ? La fille se raccroche à sa petite boîte à thé qu’elle avait avant même d’arriver aux camps et demande à ce que l’argent qu’elle ne touche même pas soit versé à une association.

Tout ce qui importe c’est de constater par ce procès que la paralysie des affects aide chaque personnage qui a vécu de près ou de loin les horreurs de la guerre à rester en vie.

Bonne lecture et bon visionnage à tous.

 

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