L’Amant – Marguerite Duras

Il fait chaud et tous les liquides se mélangent, delta où la vie et les désirs se jettent impunément dans l’océan de la société, se montrent aux regards malsains qui guettent la honte et la mort. La pluie, l’eau qui envahit le plancher de la maison et qui se mêle au savon de Marseille, la sueur qui colle à la peau, le Martel et le sang. Jamais la jarre ne rendra plus pur se corps qui aussitôt se perd dans un lit, qui crie à l’Amant de la prendre comme il a pris ces autres femmes. Le corps. Roué de coups. Le corps, désiré. La vierge qui déjà ne l’était plus dans son regard, des chacun des plis de son visage. Marguerite Duras oscille entre l’aujourd’hui, la voix de l’Amant qu’elle reconnaît aussitôt et qui lui dit ; entre cet hier si loin qu’on touche simplement en tendant la main, ce passage et la première fois qu’elle le voit, Lui, le Chinois et cet étalage d’argent. Elle le désire, elle les désire. Elle voudrait pour Hélène qu’il dévore ses seins si ronds et la voir être prise par celui qui la prend, atteindre les plus hautes sphères de plaisir qu’elle ne pourrait jamais prendre si ce n’est à travers c’est Elle. L. Hélène. L’amie.  » Prostituée, une chienne vaudrait mieux que toi  » ; voix de la Mère tourmentée par des barrages (pourtant réels ?) qui cèdent, ont cédé. Cette femme qu’elle ne reconnaît plus un jour comme si elle ne l’avait jamais connue, qu’elle trouve alors belle et qui lui fait s’échapper un cri. On est à ses côtés, vue plongeante sur une Âme effeuillée, souillée par le coït pour certains mais élevée à des pensées plus hautes – devenir, écrire, survivre. Est-ce l’Amant, l’origine ? ; comment ce Chinois pourrait-il ? Et pourtant, si le visage laissait transparaître, les trois mélanges d’une après-midi dont la chaleur était insoutenable l’auront accomplie. Elle écrira ; elle tuera ce frère qu’elle déteste, elle vengera. Entre le bruit assourdissant qui couvre les cris des ébats et le silence trop violent qui absorbe la Vie ; entre les coups, les insultes et les pensées mises à nues – chair à vif ; le lecteur plonge – jeune homme qui s’est jeté à l’eau ? Le bateau continuera d’avancer, le corps sans vie jamais retrouvé (qui était-il ?). J’ai plongé, j’ai aimé. L’Amant.

Quid de l’adaptation ?

J’avais déjà vu l’adaptation il y a très longtemps et n’en avais gardé que peu de souvenirs. Aussitôt le livre terminé, je me suis jetée sur le film et… j’ai été transportée. J’aime cette voix qui parcours avec délicatesse les pages du livre et alterne avec les scènes filmées. La forte présence des bruits environants traduit pour moi très justement la poésie de la prose durassienne : la pluie, le bac, la foule du quartier chinois pendant l’amour. L’Amour – parlons-en. La nudité ne se cache derrière aucun voile et les mélanges sont aussi brûlants qu’on peut les imaginer dans les mots du livre. L’intrusion dans l’intimité de la première balade en voiture est poignante, ce silence des bouches, ce brouhaha environnant et ses doigts qui se cherchent, se caressent, se serrent et s’enlace annoncent les pénétrations futures. J’attends assise à entre le Chinois et la mère, et je l’entends, elle si peu volubile, pleurer sur ses pauvres enfants qu’elle a mal élevés.

Entre bruits dela vie et expressions des maux par le corps, je trouve que l’adaptation est plutôt réussie. A voir.

 

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