Hunger Games tome 1 – S. Collins

Hunger Games – « Jeux de la faim ». Faim, fin ? Eh bien, ce ne sera qu’à la 284ème page du troisième tome que je me frapperai le front en me disant « Mais c’est bien sûr ! » et me maudirai d’avoir soudainement l’envie de recommencer au début et de relire autrement le livre. Que dire des pages noircies qui l’ont précédée ? Un univers inatteignable, une héroïne à laquelle il est difficile de s’identifier, des personnages creux, des dialogues effilochés, de la cheap littérature avec un goût amer de « Battle Royale » édulcorée pour jeunes lecteurs dopés aux mauvaises rencontres de papier – quand ils les lisent.  Pourquoi alors ce revirement ? J’ai suivi cette jeune fille, qu’on voudrait me faire prendre pour une pseudo héroïne, jusqu’à l’apothéose d’un mauvais Shakespeare réécrit pour une télé réalité qu’on finira bien par voir un jour sur nos écrans ; j’ai suivi ces jeunes qu’on veut faire passer pour pseudos victimes que je n’ai jamais réussi à comparer à ceux qu’on disait envoyés au Minotaure. Et puis il y a eu « Panem et circem » et toutes les pages fanées se sont comme mises à tourner d’elles-mêmes, de cette dernière citation au titre du premier chapitre du premier tome ; et tout l’univers s’est renversé. « Mais c’est bien sûr ! ». C’était pourtant là, sous mes yeux, cette critique de la société impalpable noyée dans un océan de médiocrité où l’on gratte du bout de l’ongle les misères d’une Guerre passée et où s’effilochent sans jamais prendre consistance ces marques pourtant bien exposées d’une Histoire antique et méditerranéenne. Est-ce parce que seuls les livres et une tendre mémoire ont permis à l’auteure – trop loin de notre paysage, de notre culture – de ne voir que par vagues clichés l’univers grandiose de notre passé, Européens, marqués par des racines communes et meurtris des ravages d’un passé encore trop près d’aujourd’hui ? Est-ce pour attirer le lectorat actuel que les pages ne nous conduisent que dans un univers fade où rien n’ose se dire clairement, où tout est perçu derrière un écran pâle et brouillé ? Je pense que si l’auteure avait assumé, cerné, les horreurs et les traces de la Première Guerre Mondiale sur les Hommes ; et si cette même auteure avait été davantage passionnée que curieuse de l’immensité des Empires Grecs et Romains ; alors peut-être, je dis bien peut-être, les couleurs qui ne sont jamais portées fièrement auraient pu être vives et donner du caractère à ce livre. Très franchement, si j’avais eu 12 ou 13 ans, j’aurais été prise d’un élan de passion pour Peeta ou pour Gale – et très franchement j’aurais peut-être admirée cette pauvrette de Juliette couverte de crasse à l’origine d’une pseudo révolution mal engagée, mal dessinée, mais pas si mal pensée quand on y revient. Un univers mal décrit – c’est un peu l’effet qui reste, un goût âpre d’un tout raté. Mais après cette 284ème page, je suis transportée, mes yeux parcourent les lignes, les bombes qui explosent, les horreurs, les violences, les tentatives de sabotage, la résistance, le souffle coupé dans ces sous-sols, les doutes sur la fiabilité de ceux en qui on ne sait plus vraiment si on a le droit de croire ? Alors là seulement j’ai été curieuse, là seulement, après cette 284ème page j’ai trouvé un intérêt pour l’histoire. J’essaie peut-être de trouver des signes là où il n’y en a pas, je considère (à tord peut-être mais je ne crois pas) différemment les personnages d’après le nom qui leur a été choisi, je comprends la société telle qu’elle est dépeinte, son fonctionnement, ses failles. Je perçois les tensions et les symboles qui dessinent les premiers contours de la révolte et je me plais à relire, à redécouvrir certains personnages, certaines scènes avec un regard plus neuf, plus conciliant surtout. Un conseil. N’abandonnez pas une lecture qui vous paraît insipides ou inintéressante. Attendez d’avoir vraiment fini l’aventure pour classer le livre dans ceux que vous ne relirez jamais.

Quid de l’adaptation ?

Alors je suis prévenue. Si tu veux de la crasse, de la sueur, de la violence, regarde de nouveau la Battle Royale. Si tu regardes Hunger Games, considère que le roman et le film sont deux choses différentes car sinon tu seras plus que déçue.

Bon. Verdict à chaud, là tout de suite après avoir éteint l’écran de télévision : non je ne suis pas du tout déçue de l’adaptation. Alors bien sûr, je pourrais vous parler de tout ce qui « ne va pas », de ces corps trop charnus pour des pseudos héros qui crèvent la faim, de ces petits pains du district de Rue qui ne tombent jamais et qu’on attend !, de ces plans mal filmés qui vous donnent le tournis toutes les cinq minutes. Je pourrais rester sur des points qui m’ont déçue, ce geai, symbole d’échec puisqu’accroché d’abord à Prim et qui ne la protège pas d’être piochée pour les Jeux de la Faim ; de ce Snow au physique de gentil pépé que je n’aurais jamais imaginé comme cela ; de cette eau que Katniss trouve immédiatement (et là on crie que c’est n’importe quoi – on devient un peu ce public fou qui attend le sang, la sueur, la faim, la mort ?). Mais non. J’ai apprécié les décors et les costumes – quoique les modifications corporelles ne soient pas assez exagérées à mon goût. Le silence qui étouffe les scènes de violences (même si c’est un grand classique du cinéma dixit mon amoureux) rend les scènes très prenantes, on halète un peu, on attend la fin. La faim ? Pour des « jeux de la Faim » ce n’est pas très bien rendu. Ils ont faim ? Qu’ils chassent, qu’on les voit en souffrir, voyons ! Redeviendrais-je un spectateur assis au milieu du public fou furieux ? Toutes ces intrusions du monde extérieur est une liberté prise par rapport à l’œuvre : dans le livre, on ne voit pas comment les sponsors sont attirés, on ne voit pas la révolte du district 11, on n’entend pas les commentaires de ceux qui sont censés observer les Jeux ou les piloter. C’est un petit plus du film qui ne m’a pas choquée, au contraire. La focalisation (ouh je sors les gros mots !) interne dans le film se déplace parfois, on n’est pas obligé de suivre Katniss tout le temps finalement – et moi qui n’avait pas du tout accroché à son personnage, j’ai apprécié de pouvoir glisser quelques instants loin de son caractère et de ses émotions. En soi, les modifications importantes qui consistent à se décoller de l’héroïne et à nous permettre de voir un peu le monde extérieur ou ce que vivent d’autres personnages rendent l’histoire un peu plus supportable que celle que j’ai lu lors de ma première lecture, de ce sentiment terrible de ne pas pouvoir me détacher de cette fille et de ne pas pouvoir non plus m’y accrocher. Je pense que les modifications répondent à un peu à un lecteur qui aurait vécu cette même frustration et qui aurait voulu parfois ne plus être dans la peau, dans les yeux, dans la tête de Katniss – merci ! Rendez-vous à la fin de l’année pour pouvoir commenter et apprécier la suite de l’adaptation ?

 

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